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Jeudi 8 novembre 2007 4 08 /11 /Nov /2007 08:02



Deux ans ! C'est le temps qu'il m'a fallu pour donner à nouveau mon sang. J'invoquerai trois « excuses » qui m'ont empêché de le faire. La première réside dans un voyage de quinze jours à Madagascar qui, de facto, m'a interdit tout don pendant six mois. Puis, l'Etablissement Français du Sang (EFS) à la Réunion a pris la décision d'interrompre tout prélèvement suite à l'épidémie de chikungunya qui se généralisait, au début 2006. Enfin, après le rétablissement du don dans l'île, en juin 2007 (si mes souvenirs sont bons), j'ai eu, de mon côté, la joie de devenir papa, ce qui m'a pris beaucoup de temps. Je ne souhaitais donc y retourner qu'en me sentant en bonne forme. C'était le cas hier et je suis très heureux d'avoir accompli ce geste qui dure, montre en main, moins d'une dizaine de minutes.

 

Des conditions idéales

 

Non, je ne travaille pas en sous-main pour l'EFS de la Réunion. Néanmoins, j'ai été très agréablement surpris, hier, par l'accueil. La secrétaire est charmante. La docteur qui fait passer l'entretien médical écoute et c'est ô combien appréciable. L'infirmier a, comme on dit ici, « la tranche papaye », soit toujours le sourire aux lèvres, tout en étant prévenant et sérieux quand il le faut. Lorsqu'il m'a introduit la seringue dans la veine, je n'ai rien senti. Quand il l'a enlevé, même constat. Enfin, la dame qui m'a servi le café et la viennoiserie après le don était gentille.

Quant aux conditions techniques, comment ne pas se réjouir, dans le cas présent, de la climatisation ? Normalement, je suis contre un tel système dont on abuse par trop souvent (et qui est d'ailleurs abondamment utilisé lors de conférences sur le développement durable...). Cependant, lorsqu'il fait chaud dehors et que des personnes viennent se vider d'un demi-litre de sang, il est bon que la déperdition d'énergie par le corps ne soit pas en plus majorée par une trop forte température dans la salle de don. D'autre part, un écran de télévision assez gigantesque occupe l'esprit. Certes, la chaîne choisie hier s'appelait itv et passait toutes les sept minutes le même flash, d'où un côté un peu ennuyeux. Néanmoins, il suffit de demander à l'infirmier de changer de chaîne pour qu'il le fasse. Avec cet écran, on voit quand même le temps passer plus vite. Peut-être est-ce dû aussi au fait que, n'ayant pas de télévision, j'étais fasciné (si je puis dire) par cette télévision gigantesque.

 

Une nouveauté

 

Pour la première fois lors d'un don, la docteur m'a demandé si j'avais séjourné en Amérique latine ou centrale. Après lui avoir répondu par la négative, je me suis permis de lui demander pourquoi une telle interrogation. Elle m'a alors parlé de la maladie de Chagas. Celle-ci est une infection parasitaire transmise par un insecte. Pour les personnes qui souhaiteraient en savoir plus sur cette maladie, je recommande ce lien :

http://www.pasteur.fr/recherche/unites/tcruzi/minoprio/chagas.html

 

 

Un manque de donneurs

 

L'infirmier m'a indiqué que la Réunion n'était toujours pas autosuffisante en donneurs. C'est quand même un comble avec le nombre de sportifs que cette île compte. Si une partie seulement des coureurs du Grand raid venait donner de temps en temps, quel sang magnifiquement riche en oxygène recevraient tant de personnes dans le besoin !

 

Choses à savoir quand même

 

Décrivons quand même les deux ou trois choses qu'il faut savoir avant d'aller donner son sang. Tout d'abord, l'hôpital de Bellepierre reste ingarable. Il faut donc se résoudre à se parquer à environ un kilomètre pour avoir une place. Ensuite, il y a des jours où l'on peut donner son sang et d'autres où les équipes sont en collecte. Pour ne pas se tromper, autant appeler avant au 02 62 90 53 81

Enfin, pour en savoir plus sur le don du sang en tant que tel, et partant du principe que l'on n'est jamais aussi bien servi que par soi-même, je vous invite à lire un article que j'avais réalisé pour Témoignages il y a quelques mois :

http://www.waitingfortheson.net/article-5233615.html

Par DAMIAN974 - Publié dans : Santé et médecine
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Mercredi 7 novembre 2007 3 07 /11 /Nov /2007 04:19

Disons-le tout de suite, je n'apprécie guère le Journal de l'Ile de la Réunion (JIR) pour son traitement des faits-divers. En revanche, comment ne pas apprécier son positionnement, depuis quelques temps, sur les sujets environnementaux ? Le présent article en est une nouvelle preuve après celui que je me suis permis d'inclure hier. Publié le 29 octobre 2007 et intitulé un « Océan de promesses, vous trouverez le lien ci-dessous :

http://www.clicanoo.com/index.php?page=article&id_article=167713

 

Je me rappelle qu'il y a un an, j'avais rencontré, dans le cadre d'un article sur l'ETM, un responsable politique du Conseil régional de la Réunion dont les compétences portaient, entre autres, sur l'environnement. Sa réponse avait été assez évasive. Force est de constater, aujourd'hui, que cette institution a beaucoup évolué sur le sujet. Comment ne pas s'en réjouir ? Comment aussi, ne pas faire autrement, avec un baril à cent dollars ?

Un océan de promesses

Le potentiel énergétique de la mer est énorme, infini disent certains. Depuis plusieurs années, La Réunion suit de très près les procédés technologiques émergents dans le monde, notamment le projet pionnier du Pelamis, première centrale houlomotrice en cours d’installation au Portugal. Une zone idéale d’implantation de ces “serpents de mer électriques” a été identifiée au large de Saint-Pierre et une expérimentation doit avoir lieu prochainement, avec l’espoir de produire les premiers mégawatts issus de la houle dès 2015

Les énergies de la mer sont une filière jeune, en pleine naissance technologique, au potentiel gratuit, propre et inépuisable. En utilisant le mouvement des vagues pour actionner des turbines, il est possible de produire de l’électricité. "Une étude planétaire a identifié le potentiel de houle de l’île comme faisant partie des très bons au niveau mondial”, note Laurent Gautret, à l’Agence Régionale de l’Energie Réunion (Arer). Sur une longueur de front de houle, La Réunion affiche en effet un potentiel de 30 à 40 kW/m, quand les meilleurs (Afrique du Sud, nord de l’Angleterre, sud du Chili, Nouvelle-Zélande, Islande, sud-est de l’Australie) dépassent les 40 kW/m. Après un premier rapport de stage en 2003, la ressource péï a fait l’objet d’une étude par le cabinet BCEOM en 2005 afin d’identifier les sites les plus intéressants pour une installation houlomotrice offshore. Celle-ci a révélé l’arc du sud de l’île, de Saint-Philippe à Saint-Leu, comme le plus prometteur. Plus à l’abri des cyclones, il est balayé par des houles puissantes et fréquentes venues des 40e Rugissants. Une zone idéale a même été repérée en face de la pointe du Parc à Saint-Pierre. “C’est un site très intéressant, à un mille (environ 1,8 km) de la côte. Il s’agit d’un platier de 30 à 70 m de profondeur, ce qui peut faciliter l’ancrage. Et la houle n’y a pas encore perdu son énergie par frottements. De plus, la zone est suffisamment étendue pour permettre l’installation des convertisseurs”, détaille Laurent Gautret. Les conclusions de cette étude et les recherches actives de l’Arer sur le sujet donnent aujourd’hui à La Réunion “quelques années d’avance” sur la filière houlomotrice au niveau mondial.

Maturité atteinte d’ici quinze ans ?

La Réunion souhaite ainsi imiter le Portugal en construisant la première centrale houlomotrice française. Mais vu la jeunesse technologique, l’initiative financière, lourde et risquée, doit venir du privé. “Nous préparons le terrain pour inciter les promoteurs à investir sur l’île, explique Laurent Gautret. Nous avons trois arguments pour les convaincre : une ressource importante et déjà identifiée, une défiscalisation attractive, et un tarif de rachat de l’électricité par EDF qui reste à définir et qui jouera un rôle important. Aujourd’hui, les négociations avec EDF se font au cas par cas.” Les chercheurs réunionnais ont déjà réalisé plusieurs visites sur sites en Écosse et au Portugal. Des contacts sont en cours avec la société écossaise Ocean Power Delivery, qui commercialise le système Pelamis (2,5 MW opérationnels en 2008 au Portugal). Cette entreprise serait intéressée pour faire une analyse de faisabilité sur le site de Saint-Pierre préliminaire à l’installation d’un premier système démonstratif de 750 kW, vraisemblablement en 2009. L’Arer prévoit ainsi, si tout va bien notamment en terme de résistance aux houles cycloniques, la mise en place d’un système opérationnel de 50 MW en 2015, avant d’envisager des systèmes sur de grandes étendues à de plus grandes profondeurs (100 à 200 m), pour un potentiel de 100 à 200 MW d’ici 2025, objectif inscrit dans le schéma directeur 2007-2013 de l’Arer. Sans compter qu’un autre site a été identifié par le cabinet BCEOM, au large de Saint-Leu. Ce qui fait dire à Christophe Rat, directeur de l’Arer : “À moyen terme, la houle représente un potentiel majeur d’énergie sur l’île, lorsque la filière sera mature d’ici quinze ans.”

- Un système near-shore à Saint-Philippe ?

Autre technologie, le projet Limpet de la société Wavegen récupère l’énergie de l’air comprimé par la force des vagues. À la différence du Pelamis, le système est sur le rivage (“near-shore”), il ne crée donc aucune gêne à la circulation des bateaux et ne nécessite pas de câble sous-marin pour évacuer l’énergie. Un système Limpet fonctionne depuis novembre 2000, il produit 500 kW et fournit 400 foyers écossais en électricité. Des chercheurs réunionnais se sont déjà déplacés aux Açores pour étudier cette technologie. Et c’est du côté de Saint-Philippe que les regards se tournent pour une éventuelle implantation à La Réunion. L’étude réalisée en 2005 par le bureau BCEOM a en effet identifié le quai Henri-Dalleau comme site idéal d’installation. “Les houles les plus énergétiques se situent au large de Saint-Philippe, mais les fonds tombent très vite, ce qui n’est pas très pratique pour un système comme le Pelamis. Utiliser ainsi le déferlement final de la houle peut être une solution”, explique Laurent Gautret de l’Arer. Enfin, un système baptisé “hydroliennes” utilise les courants de la marée pour produire de l’électricité. Des projets sont en cours dans la Manche, où les courants atteignent 7 à 8 nœuds. "À La Réunion, nous n’avons pas une telle force. Il y aurait les passes, en particulier celle de l’Hermitage, mais elles sont très protégées et donc inexploitables. Nous allons malgré tout mener une étude cette année pour évaluer le potentiel de l’île."

- Énergie thermique des mers : "on y va !"

Autre technologie d’énergie marine : le système OTEC (Ocean thermal energy conversion) ou ETM (Énergie thermique des mers). Le concept : alimenter une machine thermique par de l’eau de mer chaude, disponible en surface, et par de l’eau de mer froide (4 °C environ), pompée jusqu’à 1 000 mètres de profondeur. Ainsi les quelque 20 degrés de différence, un écart disponible dans toute la ceinture intertropicale, suffisent à produire de l’électricité. Depuis une vingtaine d’années, le Japon, l’Inde et les États-Unis ont expérimenté avec succès des mini-centrales OTEC. Au niveau technologique actuel, la quantité d’énergie restante après le pompage n’est pas encore intéressante en vue d’un raccordement au réseau mais peut servir à alimenter un petit complexe d’exploitations autour de l’usine de pompage. Car cette fameuse eau froide venant des profondeurs, pure, très riche en nutriments et en minéraux, peut être utilisée à d’autres fins : climatisation, production d’eau minérale, aquaculture, culture d’algues, fabrication de cosmétiques et de produits pharmaceutiques, centres de thalassothérapie ou production d’hydrogène. L’île Maurice s’apprête d’ailleurs à investir 15 millions de dollars dans un ambitieux parc baptisé Land-based oceanic industry, et table sur des recettes annuelles de 110 millions de dollars en exportant 100 000 litres d’eau minérale par jour. À Hawaï, les revenus s’élèvent à 3 milliards de dollars par an. Qu’attend la Réunion ? "On y va, annonce Philippe Berne, vice-président de la Région. Nous travaillons dessus. Nous aurons une mission sur Hawaï et nous allons nous rapprocher du pôle d’agro-nutrition Qualitropic." Deux sites potentiels ont été identifiés du côté du Port et de Cambaie (clim des immeubles, végétalisation de la ville, aquaculture…) et de Bois-Rouge (couplage avec la centrale, clim de la ZI…)

Par DAMIAN974 - Publié dans : Réchauffement climatique et développement durable
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Mardi 6 novembre 2007 2 06 /11 /Nov /2007 04:16




Je me permets maintenant de publier le présent article intitulé « La Réunion de 2030 est tournée vers l'avenir », dont je n'ai, malheureusement pas trouvé la trace de l'auteur. Il est daté du 23 octobre 2007 et a été publié par le « Journal de l'île de la Réunion »Si vous souhaitez avoir directement l'article, vous n'avez qu'à cliquer ici :

http://www.clicanoo.com/index.php?page=article&id_article=167615

 

« La Réunion de 2030 est tournée vers l'avenir »

En prenant le tram de Sainte-Rose à Sainte-Suzanne, j’aperçois une flopée d’énormes éoliennes qui peuvent se replier en cas de cyclone. “Les riverains les ont adoptées quand l’État a menacé de laisser les fournisseurs privés d’électricité tripler leurs tarifs. Le vent amène 10 % de l’électricité de l’île aux côtés des Pelamis de Saint-Pierre. Tu sais, ce sont les gros serpents de mer qui utilisent l’énergie de la houle.” Isa me raconte même qu’au large de Saint-Paul, ils sont en train d’installer un système qui reproduira la forme et le mouvement des nageoires de requin pour récupérer l’énergie des courants ! Passant près de l’usine de Bois-Rouge, mon amie. Isabelle me montre le complexe industriel marin né il y a cinq ans. Là, une grande usine ETM (Energie thermique des mers) pompe l’eau de mer entre 500 et 1000 mètres de profondeur. Venant directement de l’Antarctique, cette eau très froide permet de produire de l’électricité et de climatiser toute la zone d’activités. Elle me raconte qu’au Port, l’usine ETM sert aussi à climatiser les immeubles et à végétaliser la ville pour lutter contre le réchauffement. En visitant le site de Bois-Rouge, je goûte un verre de cette eau des profondeurs, réputée pour sa grande pureté. Des milliers de litres sont vendus très chers sur le marché asiatique et rapportent des centaines de millions d’euros à La Réunion. À Cambaie, cette eau vertueuse a même donné naissance à des centres de thalasso.

Un dirigeable au-dessus du piton

Au loin en mer, j’aperçois du monde sur une plate-forme : ce sont des aquaculteurs. La filière s’est énormément développée grâce à cette eau profonde. “Elle est riche en plancton et en nutriments, c’est un DCP puissance 10 ! Il y a la même chose à Sainte-Rose et au Port”, nous explique le responsable du site, un ami d’Isa. Alors que nous dégustons une dorade et un tilapia péi, il nous raconte la révolution bleue de ces deux dernières décennies : “L’aquaculture a explosé autour de l’île face à la cherté des importations alimentaires. Celle-ci a été renforcée par l’épuisement des stocks de poissons dans le monde suite à la surpêche et aux effets du réchauffement.” Ce n’est pas le cas de La Réunion et de sa zone exclusive, une des dernières à ne pas souffrir de quotas contraignants. D’immenses zones de pêcherie sont nées au large de l’île. Comme des milliers de Réunionnais, le mari d’Isabelle travaille d’ailleurs dans la pêche industrielle, mais… dans les airs. C’est lui qui supervise la surveillance de toute la zone maritime, grâce à un dirigeable flottant au-dessus du Piton des Neiges. Des radars haute résolution permettent ainsi d’avoir un œil sur cette ressource-clé dans un cercle de 200 km autour de l’île.

Tourisme : une des dernières barrières de corail

Question tourisme, La Réunion ne s’est pas trop mal débrouillée, me dit Isabelle, en mettant l’accent sur le créneau haut de gamme et durable, avec des lodges tout confort dans les Hauts et des centres de thalasso grâce à l’eau de mer puisée par les complexes ETM. Seule à pouvoir prendre l’avion, la clientèle fortunée est attirée par cette destination bien-être de plus en plus rare dans le monde, avec la nature préservée de ses cirques, les nouvelles attractions autour du volcan et les randonnées à cheval. “Comme La Réunion est classée au patrimoine mondial de l’Unesco, ces sites très protégés sont devenus aux yeux de la planète des emblèmes de l’île. Et puis comme toi, les gens sont curieux de voir ce qu’est une “île verte””, raconte Isabelle. Les touristes viennent aussi profiter du lagon et plonger sur une barrière de corail quasi-intacte parmi les dernières de la planète, les autres ayant quasiment toutes disparues sous l’effet de la surexploitation et du réchauffement climatique. Attirés par le confort et la proximité d’une destination authentique, ainsi que par un accueil très pro dans un très bon anglais (une école du tourisme vert a vu le jour à La Réunion en 2020 pour former les professionnels de tout l’océan indien), les Sud-africains constituent désormais le gros de la clientèle, aux côtés des Mauriciens et de certains Malgaches fortunés, dont le niveau de vie s’est considérablement accru en vingt ans. La Réunion a aussi récupéré une partie de la clientèle qui venait autrefois à Maurice, le lagon de l’île soeur ayant largement perdu de sa superbe.

Des projets qui dessinent le futur

La vision présentée dans ce dossier se base sur des pistes réelles de recherche et de développement en envisageant avec optimisme leur concrétisation. Mais il faut convenir que certains domaines, notamment celui des déchets, sont encore loin d’évoluer sur la bonne voie. Solaire. Ambition régionale du “solaire pour tous en 2025” ; signature de la convention “Le Port ville solaire” ; records de France sur les toits de la Saprim et de la Sitar ; expérimentation de climatisation solaire par la société Techni-Froid ; projet vélo solaire à Saint-Leu ; création du pôle R&D Temergie… Biochimie, biomasse et agro-nutrition. Projet de recherche VA2RUN mêlant le CERF et l’université, labellisé par le pôle de compétitivité d’agro-nutrition Qualitropic, visant une première bioraffinerie de canne à sucre en 2010 pour valoriser l’acide aconitique. Schéma directeur de l’ARER “Biomasse 2050” sur la sylviculture énergétique et la biochimie, projet du TCO de pôle d’excellence rural des Hauts de l’ouest. Projet de laboratoire de plantes médicinales en fin d’année à Langevin. Projets actés et/ou déjà expérimentés de production d’électricité à partir des déchets verts dès fin 2008 à Bois-Rouge, des lisiers d’élevage, et du biogaz des décharges au CET de Sainte-Suzanne et à Pierrefonds dès 2009. Géothermie. Forages prévus l’an prochain à la Plaine des Sables pour vérifier la présence de la ressource. Epuration. Projet Run Innovation 2 labellisé par le pôle Qualitropic, visant à remplacer l’épuration traditionnelle par des champs de bambous (société Phytorem, pépinière du Guillaume, Cirad), expérimentations prévues à la station d’épuration de Saint-Leu, à la distillerie Isautier et chez des éleveurs de porcs. Energies des mers. Cartographie des sites idéaux déjà réalisée et veille technologique de l’ARER qui envisage une 1ère centrale houlomotrice expérimentale en 2009. Missions de l’ARER à Hawaï en vue d’une future usine ETM multi-produits et d’un couplage aux pêcheries et stations d’aquaculture. Transports. Premiers litres de bioéthanol prévus en 2008 par Quartier Français. Mise en service de la 1ère tranche du tram-train en 2015 et 2e tranche prévue dans le sud. Projet régional d’une piste cyclable autour de l’île d’ici dix ans. Groupe de travail H2O sur la filière hydrogène et schéma directeur de l’ARER prévoyant l’abandon total des énergies fossiles au profit d’un carburant local propre en 2030-2050. Tourisme durable. Premier gîte rural aux normes HQE dans le sud de l’île, lancement du Parc national et de la Réserve marine, schéma d’interprétation du volcan, candidature de La Réunion au patrimoine de l’Unesco...

Par DAMIAN974 - Publié dans : Réchauffement climatique et développement durable
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Lundi 5 novembre 2007 1 05 /11 /Nov /2007 04:16



Depuis quelques mois, je suis abonné à l'alerte Google pour ce qui concerne l'Energie Thermique des Mers. En quoi est-ce que cela consiste ? C'est simple. Sur le site « google », je vais sur l'onglet « actualités » puis, je clique sur « alertes actualités ». A ce stade, je sélectionne alors le sujet sur lequel je souhaite que Google me tienne informé des nouvelles les plus récentes que ce moteur de recherche récupère sur de nombreux sites d'actualités.

Je ne vous livrerai donc pas, ici, tous les articles sur l'Energie Thermique des Mers. Néanmoins, je vous soumets le suivant que Google m'a fait parvenir du site Newspress : http://www.newspress.fr/communique_194100_3017.aspx

 

Christian Estrosi : Le Grenelle Environnement Outre-Mer


Christian ESTROSI, Secrétaire d'Etat à l'Outre-mer, a présenté son plan d'actions pour l'Outre-Mer intitulé « Vers un Outre-mer exemplaire », lors de la clôture du Grenelle de l'environnement qui s'est tenue à Paris cet après midi.

Le Secrétaire d'Etat à l'Outre-mer avait souhaité étendre à toutes les collectivités d'Outre-Mer les consultations publiques, afin que tous les ultramarins soient pleinement associés à ces travaux et qu'ils apportent leurs contributions à cette réflexion nationale.

Ce programme pour l'Environnement en Outre-Mer est donc le résultat d'une large concertation. Celui-ci s'articule autour de 8 domaines stratégiques: l'énergie, les déchets, les risques naturels, la gestion des ressources naturelles et de la biodiversité, les activités extractives, l'eau et les pollutions, la santé et la gouvernance.

Chacun de ces domaines a été décliné en un objectif stratégique défini à l'horizon de 2020, puis en plusieurs axes d'intervention, qui eux même se déclinent en propositions d'actions.

Christian ESTROSI a souligné l'avance, l'engagement et le dynamisme de l'Outre-mer dans le domaine des énergies renouvelables. En effet, le Secrétaire d'Etat a rappelé que la part des énergies renouvelables ne représente que 9% en Métropole, contre 16% en Guadeloupe, 18% en Guyane et 36% à La Réunion. Fort de ce constat, Christian ESTROSI a affirmé sa détermination à soutenir les collectivités ultramarines dans cette voie. Le Secrétaire d'Etat souhaite que l'Outre-Mer soit un exemple pour la Métropole.

Christian ESTROSI a également souligné le rôle important des pôles de compétitivité dans ce domaine, avec notamment SYNERGILE en Guadeloupe et TEMERGIE à La Réunion qui contribuent activement à la compétitivité de la France. Christian ESTROSI a annoncé d'autre part la création prochaine d'un pôle de compétitivité sur l'énergie thermique des mers en Polynésie française.

Le Secrétaire d'Etat, qui avait d'ailleurs participé à l'une des 17 consultations régionales lors de son déplacement à La Réunion début octobre, s'est déclaré satisfait et fier que l'Outre-Mer soit désormais considéré comme une vitrine pour le développement durable en France.


DISCOURS
Aujourd'hui, je souhaite vous remercier, vous qui avez animé ces débats et qui avez fait de ce Grenelle, une occasion unique de réflexion sur ce thème si urgent, vaste et complexe qu'est l'environnement.

L'Outre-mer français sera à la pointe de ce combat majeur dans le développement du « new deal » écologique proposé par le Président de la République à l'Assemblée Générale des Nations Unies.

Dans ce vaste élan, l'Outre-mer a toute sa place. Je dirai même qu'il occupe une place primordiale.

C'est d'abord 97 % des 11 millions de KM2 d'espaces maritimes, qui s'étendent de l'Antarctique à l'atlantique nord en passant par les mers tropicales et la Méditerranée.

Grâce à son Outre-mer, la France maîtrise et gère la deuxième plus grande surface océanique du monde après les USA.

C'est aussi une biodiversité d'une incomparable richesse car c'est en Outre-mer que vivent plus de la moitié des cétacés et pinnipèdes existants, 98 % des vertébrés, 96% des plantes vasculaires pour ne citer que ces exemples.

Cette richesse est importante, et constitue un patrimoine unique au monde. Mais elle est fragile. Cette fragilité est d'autant plus sensible dans les outremers que leurs situations présentent des caractéristiques qui leurs sont propres.

C'est la raison pour laquelle, j'ai tenu à ce que chaque territoire composant notre Outre-mer puisse s'exprimer.

Des consultations publiques ont donc été organisées dans tout l'Outre-mer. L'engagement a été actif, vivant et très enrichissant. La qualité et la quantité des contributions ont été telles que parfois, comme en Polynésie française, il a fallu organiser une seconde consultation.

Le résultat est un engagement de l'Outre-mer qui se concrétise par ce plan : « VERS UN OUTRE-MER EXEMPLAIRE ».

Ce plan, a été conçu en fonction des solides atouts que possède l'Outre-mer, de ses potentialités fortes, et de sa situation géographique qui le prédispose à devenir un laboratoire grandeur réelle sur plusieurs sujets. Mon intention est claire : l'Outre-mer doit être une exemple ; il doit devenir la vitrine technologique avancée de la France, dans le domaine écologique.

8 domaines stratégiques ont donc été retenus pour ces collectivités ultramarines : l'énergie, les déchets, les risques naturels, la gestion des ressources naturelles et de la biodiversité, les activités extractives, l'eau et les pollutions, la santé et la gouvernance.

Chacun de ces domaines a été décliné en un objectif stratégique défini à l'horizon de 2020, puis en plusieurs axes d'intervention, qui eux même se déclinent en propositions d'actions.

Ces domaines ont en commun l'impérative nécessité d'améliorer notre économie de la connaissance, et je suis résolument convaincu que l'Outre-mer peut contribuer à cette amélioration.

Je ne vais pas ici vous décrire en détail ce plan. Mais je souhaite, par quelques exemples vous en présenter certains aspects.

Premier exemple : celui de l'énergie.
Qui mieux que l'Outre-mer peut répondre aux grands choix de production énergétique en milieu insulaire ou non interconnecté?

Ne plus dépendre des énergies fossiles a poussé ces territoires à développer les énergies renouvelables.

Ainsi, alors qu'elle ne représentent que 9 % en métropole, cette part des énergies renouvelables est de 16 % en Guadeloupe, 18% en Guyane, et 36% à La Réunion. Avec la création récente du pôle de compétitivité SYNERGILE, la Guadeloupe vise à mieux développer son énergie issue de la géothermie. A la Réunion, le solaire est déjà en pointe et très bientôt ce sera un autre pôle de compétitivité TEMERGIE qui va dynamiser la recherche, le dépôt de brevets et le commerce de nouvelles solutions plus performantes. En Polynésie française, des recherches sont entreprises dans le domaine de l'énergie thermique des mers.

Ne peut on donc pas prendre en exemple l'Outre-mer ? Ne peut on pas compter sur cet Outre-mer, présent dans les technologies innovantes, pour conquérir de nouveaux marchés ?

Autre exemple, celui de la prévention des risques naturels.
Les territoires ultramarins doivent faire face à tous les risques naturels connus, qui sont plus étendus dans leurs occurrences qu'en métropole : cyclones, éruptions volcaniques, séismes, tsunamis, crues torrentielles, inondations, glissements de terrain.

Travailler à développer des plates formes automatisées de détection des tsunamis, ou à élaborer des nouveaux matériaux économisant l'énergie tout en résistant à un cyclone ou un tremblement de terre, sont autant d'axes d'engagement de l'Outre-mer.

Là encore, le savoir faire de l'Outre-mer peut s'exporter.

Dernier exemple : la préservation de la biodiversité.

Il nous faut donc un nouveau modèle de fonctionnement opérationnel de protection et de valorisation. Il doit servir de laboratoire pour toutes nos zones maritimes, en apportant une valeur ajoutée certaine par rapport à l'existant.

Les espaces maritimes français doivent devenir un Sanctuaire modèle de protection de toutes les espèces marines menacées de disparition.

La France, leader historique de l'océanographie, doit proposer, initier et appliquer une approche pragmatique, concertée, mais surtout opérationnelle pour donner l'exemple et prendre la tête du sauvetage de la planète bleue, en favorisant la coopération internationale, y compris Nord-Sud en faveur d'un développement durable, maîtrisé par le concert des nations.

Cependant, on ne peut dissocier la protection de la biodiversité de celle de protection des milieux dans lesquelles elle vit. Pour autant, on ne peut sanctuariser à l'extrême et rejeter toute idée de développement économique pour l'Outre-mer.

Il s'engage donc pour valoriser à l'extrême les déchets, et en essayant de réduire les importations de produits générateurs de déchets important. Cela peut aussi nous ouvrir la voie, ici en métropole.

L'essentiel, à mes yeux est cette possibilité unique existant en outre-mer, de contribuer à la compétitivité de la France.

Car c'est la clé d'un nouveau développement économique pour chaque collectivité ultra- marine et pour la métropole.

Ce sont des nouveaux métiers et donc de nouveaux emplois qui sont en jeu. Ce sont des nouvelles filières de formation à proposer à nos jeunes. C'est la création de nouvelles entreprises qui se dessine à moyen terme.

C'est une nouvelle affirmation de l'Outre-mer, de ses talents, de ses compétences, de ses savoir-faire, dans une économie mondialisée.

C'est cet Outre-mer, qui a répondu présent à ce Grenelle de l'environnement, dont je voulais témoigner aujourd'hui devant vous.

Le plan « vers un Outre-mer exemplaire » est SA contribution, et je n'en suis que le rapporteur.

L'Outre-mer y a mis toute son énergie et tout son coeur. Ce Grenelle a su soulever un vaste élan. A nous maintenant de relever le défi.

Christian Estrosi

Par DAMIAN974 - Publié dans : Réchauffement climatique et développement durable
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Dimanche 4 novembre 2007 7 04 /11 /Nov /2007 09:49



Une fois n'est pas coutume, je vous livre ci-dessous un mail de la rédaction de Kashkazi, un journal comorien de qualité auquel je suis abonné :

 

Pourquoi Kashkazi ne sortira pas en novembre

 

Chers abonnés,

 

Kashkazi ne sortira pas ce jeudi 1er novembre 2007, contrairement à ce qui avait été annoncé dans le précédent numéro. Suite à des contraintes d'ordres humain et financier, la rédaction a dû se résoudre à reporter la publication du mensuel au mois de décembre. 28 mois après la naissance de Kashkazi, et un an après sa mue en version mensuelle, il s'agit de la première interruption de sa parution non souhaitée par la rédaction. Un coup dur !

 

Cette décision difficile à prendre, tant vis-à-vis de nos lecteurs et de vous, nos abonnés, que de l'équilibre financier de la société éditrice, Bangwe Production, est motivée par deux causes :

1-      l'un de nos journalistes a été très malade ces dernières semaines, ce qui a considérablement perturbé l'organisation interne de la société. Le journal ne comptant que trois journalistes –aidés par deux collaborateurs extérieurs et deux correspondants-, qui remplissent également les tâches de commercial, gestionnaire, maquettiste et distributeur, l'absence ne serait-ce que d'une de ces trois personnes pénalise considérablement la réalisation du journal dans les délais impartis.

2-      les conséquences de cette absence auraient pu être atténuées –par exemple grâce au report d'une semaine de la sortie du journal- mais une deuxième "tuile" s'est ajoutée à cette défaillance humaine : nous n'avons pas trouvé suffisamment de publicité pour assumer le coût de l'impression. Habituellement, nous avons besoin de trois pages de publicités en couleur pour espérer pouvoir payer notre imprimeur ; ce mois-ci, nous n'en remplissions qu'une demie… La trésorerie très limitée de la société ne nous permettant pas de faire face à un tel manque à gagner, et la volonté de la direction de ne pas se faire entraîner (question selon nous de respect vis-à-vis de nos! collaborateurs) dans la spirale de l'endettement, nous avons donc dû prendre la lourde décision de ne pas sortir en novembre.

 

Cette interruption démontre la fragilité de Kashkazi. En effet, plus de deux ans après sa naissance, et un an après sa mue, le journal continue de vivoter mois après mois. Si nous arrivions ces derniers mois à l'équilibre, jamais nous n'avons réussi à engranger des bénéfices. La volonté de la rédaction (nous rappelons que le capital de la société éditrice est détenu à 100% par ses trois journalistes fondateurs) de rester entièrement maîtresse du contenu du journal et de ne céder à aucune sirène politique ou économique, mais aussi d'éviter les annonces de type sensationnaliste et de privilégier l'analyse, le reportage et l'enquête dans la région, est en effet une véritable gageure dans le contexte économique, politique et culturel de l'archipel, où le lectorat reste très réduit. Cette indépendance que jamais nous ne dilapiderons, n'est pas sans conséquences : les annonceurs de Maore, qu! i constitueraient pour nous une manne financière non négligeable, refusent toujours de nous considérer en tant que support possible pour leurs publicités. Il s'agit bel et bien d'une censure économique, fondée sur les directives des patrons les plus influents qui, depuis les débuts de Kashkazi, espèrent sa mort, ainsi que sur des idées reçues à propos de notre titre et surtout de notre lectorat.

 

En espérant retrouver le chemin des kiosques (et, pour vous, du Web) dès la fin du mois de novembre, nous ne pouvons que vous présenter nos excuses, à vous, abonnés à la version électronique, qui par votre soutien nous permettez de poursuivre tant bien que mal notre combat pour une information indépendante -  il va de soi que cette interruption sera prise en compte dans votre forfait.

 

Par ailleurs, nous vous engageons à faire connaître autour de vous la fragilité de notre situation et à faire circuler ce texte, car l'avenir de Kashkazi dépend essentiellement de son succès dans les kiosques.

 

Amicalement.

 

La rédaction
Par DAMIAN974 - Publié dans : Espace Océan Indien
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Samedi 3 novembre 2007 6 03 /11 /Nov /2007 08:16



Je livre ici les notes du deuxième et dernier volume de « La Méditerrannée et le monde méditerranéen à l'époque de Philippe II d'Espagne ». Je ne livre ici que celles que j'ai trouvées particulièrement intéressantes pour une meilleure compréhension de quelques problémes actuels. Soit dit en passant, même si j'ai lu avec un immense plaisir cet essai, que de temps ai-je mis pour le parcourir et le prendre en notes ! Pour bien faire, vu ma mémoire infidèle, il faudrait que je m'y remette dans un ou deux ans tant sa lecture m'a apporté.

 

La guerre ? Entre autres, une conséquence du surpeuplement...

 

La notion de surpeuplement est très relative. Néanmoins, comment ne pas voir dans certaines guerres en Afrique une conséquence du chômage qui laisse de nombreuses personnes sans travail et donc, une fois instrumentalisées, libres de faire la guerre après avoir reçu quelque argent ? Sur le 16ème siècle, Fernand Braudel écrit : « Bientôt, ce n'est plus à l'étroite mesure des villes revêches que se pose le problème des pauvres. C'est à la dimension des Etats et de l'Europe. Avec le début du 17e siècle, des hommes comme Montchrestien s'affolent devant leur pullulement ; s'il est, et d'autres en France avec lui, « colonialiste », c'est pour se débarrasser de cette silencieuse et épouvantable armée de prolétaires. Dans toute l'Europe trop peuplée pour ses ressources et que ne soulève plus un élan économique compensateur, en Turquie même, se prépare la paupérisation de masses considérables d'hommes tourmentés par le besoin du pain quotidien. C'est l'humanité qui va se ruer dans les atroces conflits de la guerre de Trente Ans, celle que dessinera Callot, témoin impitoyable, et dont Grimmelhausen est le chroniqueur trop exact. » (p 83). L'auteur livre un exemple : « En fait, la Calabre trop peuplée, malheureuse, productrice de brigands autant que de soie (...). » (p 87). Ou un autre : « La nécessité de débarrasser la capitale de son peuple de soldats pousse vers cette nouvelle guerre continentale. (...) on nous présente le grand vizir Fehrat (...) assailli dans les rues de la capitale par des spahis mécontents à qui l'on avait refusé le paiement de leur solde. Et le grand vizir de leur répondre : « Allez aux frontières, c'est là que vous serez payés ». (p481)

 

Des sociétés « belliques »

 

Dans son ouvrage « La société sans la guerre », François Géré parle des sociétés occidentales comme étant « post-belliques », dans le sens où leurs habitants sont des citoyens plutôt aisés et qui ont peu d'enfants. Par conséquent, leurs populations ont beaucoup à perdre à faire la guerre. Ce n'est pas la même chose dans l'Europe du 16ème siècle. On citera, parmi d'autres, ce passage : « Ou que dire des réflexions prêtées à Charles Quint, lors du siège de Metz par Ambroise Paré, médecin des assiégés : « L'Empereur demande quelles gens c'étaient qui se mourraient, et si c'étaient gentilshommes et hommes de remarque : lui fut fait réponse que c'étaient tous pauvres soldats. Alors dit qu'il n'y avait point de danger qu'ils mourussent, les comparant aux chenilles, sauterelles et hannetons qui mangent les bourgeons et autres biens de la terre (...). » (pp. 90-1)

 

Le poids d'un homme dans la guerre

 

Fernand Braudel, même s'il perçoit l'Histoire à travers le prisme du « temps long », sait aussi reconnaître ce qu'un homme ou une poignée d'hommes peuvent avoir comme pouvoir sur les événements. Il met en évidence : « C'est un problème difficile à comprendre que la rupture de la trêve de Vaucelles. Vu l'épuisement des adversaires, elle pouvait assez bien contenter, pour un temps, les uns et les autres : la France qui conservait ses conquêtes, et notamment la Savoie et le Piémont ; les Habsbourgs qui apparaissent, une fois de plus, comme les maîtres du monde. Ils tenaient la Sicile, Naples, Sienne, Plaisance, Milan, autant dire que la Péninsule était à eux. Car le Piémont, était-ce encore l'Italie au 16e siècle ? Enfin, il y avait pour la Papauté une merveilleuse occasion de s'employer à transformer cette trêve en paix générale. C'était son rôle traditionnel et Paul IV se sentit obligé de s'en donner au moins les apparences : il se réjouit officiellement, députa auprès des signataires, alla jusqu'à s'attribuer le mérite de l'accord auprès de l'ambassadeur vénitien Navagero, mais ne trompa personne, et surtout pas les Vénitiens.

En fait, l'annonce de la trêve avait éclaté à Rome comme un coup de foudre. La nouvelle courut aussitôt qu'elle avait été conclue malgré le pape, en dépit de tous ses efforts. C'est grâce à lui, en tout cas, qu'elle devait se rompre. Qu'un homme ait pu, à lui seul, et avec cette rapidité ranimer la guerre mal éteinte, voilà qui rappelle à propos le rôle des individus dans le jeu précipité de l'histoire. En ce très vieil homme, (...) l'Eglise a trouvé un défenseur intransigeant et qui rouvre, contre Charles Quint, le conflit que la mort de Paul III avait interrompu en 1549, l'éternel conflit de Rome contre César, contre l'homme du sac de 1527, celui qui a laissé triompher les Protestants en Allemagne et accepté la paix d'Augsbourg.

Ceci, c'est un des aspects de l'antipathie de Paul IV pour Charles Quint, l'antipathie du Pontife qu'il ne faut pas sous-estimer. Mais il y a l'autre, celle du Napolitain, chez de la famille francophile des Caraffa, qui hait en Charles Quint le maître de Naples et l'ennemi de sa parenté, riche de rancunes et d'appétits. » (p 255)

 

Invoquer Dieu pour faire la guerre: recours immémorial

 

Georges Bush ou Ahmadinejad ne sont pas les premiers à invoquer Dieu pour menacer de guerre leurs adversaires. Fernand Braudel relate, qu'ayant les mains libres suite au traité de Cateau-Cambrésis, Philippe II décide d'attaquer Tripoli : « Ecrivant au duc de Florence pour lui demander ses galères, il lui disait : « Puisqu'il a plu à Dieu, N.S., que se conclue enfin la paix avec le Très Chrétien Roi de France, il m'a paru qu'il serait du service de Dieu et profitable à toute la Chrétienté, que les galères qui soient à ma solde en Italie ne soient pas oisives durant le reste de cet été, mais qu'elles s'emploient à détruire les corsaires et à assurer la liberté de circulation... » (pp. 281-2)

 

L'argent, le nerf de la paix

 

Commençons par rendre à César ce qui est à César. Fernand Braudel mentionne la fameuse expression de Rabelais : « les nerfs des batailles sont les pécunes ». (p168). Parmi d'autres exemples, on citera : « Bien plus que [Don Juan d'Autriche] ne le suppose, du jour où Venise s'est retirée de la Ligue, Philippe II, malgré ce qu'il a pu écrire ou faire paraître, a renoncé à toute grande politique en Méditerrannée. Il est aux prises avec la formidable crise financière qui va aboutir à la seconde banqueroute de 1575. » (p 423)

 

La quadrature du cercle : le DDR des anciens combattants

 

Dans de nombreuses opérations de l'ONU, une des missions les plus complexes réside dans le Désarmement-Démobilisation-Réinsertion (DDR) des anciens combattants. Rien de nouveau sous le soleil, donc, lorsqu'on lit : « Au delà de 1574, la guerre des armadas, des corps expéditionnaires et des grands sièges est pratiquement terminée. Elle esquissera bien un retour, après 1593, mais elle ne sera effective que sur la frontière de Hongrie, hors de Méditerrannée. La grande guerre écartée, était-ce la paix ? Pas absolument, car d'autres formes belliqueuses surgissent et s'épanouissent. La règle est sans doute générale.

En France, les grandes démobilisations qui suivirent la paix du Cateau-Cambrésis ont puissamment contribué à la mise en place de nos Guerres de Religion, troubles bien plus graves à la longue que les guerres majeures. Par contre, si l'Allemagne est tranquille de 1555 à 1618, c'est qu'elle porte au dehors le surplus de ses forces aventureuses vers la Hongrie, l'Italie, plus encore les Pays-Bas et la France. La fin des guerres extérieures lui sera mortelle, au début du 17e siècle. Giovanni Botero a curieusement senti ces vérités en opposant, pour son temps, la guerre française à la paix espagnole, la France payant la rançon de son inactivité extérieure, l'Espagne tirant avantage d'être engagée dans toutes les guerres du monde à la fois. Paix chez soi, à condition de porter le trouble chez autrui.

La suspension de la grande guerre en Méditerrannée, au-delà de 1574, a été sûrement l'une des raisons des troubles politiques et sociaux en chaîne, et du brigandage. » (p190)

 

Sur l'assimilation

 

En France, il est attendu implicitement des étrangers qu'ils se mettent à porter nos habits, à abandonner leurs croyances, à parler notre langue, à partager nos valeurs. Nous sommes un pays à tradition assimilationniste. Si ces demandes ne sont pas toutes illégitimes, loin s'en faut, il n'en reste pas moins vrai qu'elles participent à une certaine négation de leur identité. Or, les immigrés étant loin de chez eux et souvent en manque de reconnaissance, l'identité (ou plutôt une certaine identité) est précisément ce qui les aide dans leur vie quotidienne. Voilà ce que Fernand Braudel écrit : « Il y a plus de quarante ans que les Morisques sont tranquilles, depuis les Germanias de 1526. La Pragmatique qui va mettre le feu aux poudres est arrêtée dès le 17 novembre 1566, promulguée le 1er janvier 1567 et pendant plus de deux ans, on va discuter à son propos (...). Or, ce que les conseillers de Philippe II ont décidé sur le papier, c'est ni plus ni moins que la condamnation sans appel d'une civilisation entière, et de tout un art de vivre : sont prohibés les costumes morisques des hommes et des femmes (celles-ci devront renoncer au voile dans la rue), la fermeture des maisons, abris des cérémonies islamiques clandestines, l'usage des bains publics, l'emploi enfin de la langue arabe. » (p 125) Il poursuit : « (...) le Morisque est resté inassimilable. L'Espagne n'a pas agi par haine raciale (laquelle semble presque absente dans cette lutte) mais par haine de civilisation, de religion. Et l'explosion de sa haine, l'expulsion, est l'aveu de son impuissance. La preuve que le Morisque, après un, deux, trois siècles suivant les cas, était resté le Maure d'autrefois : costume, religion, langue, maisons cloîtrées, bains maures – il avait tout conservé. Il s'était refusé à la civilisation occidentale et c'est l'essentiel du débat. » (p 129)

 

Tolérance et intolérance : quelques éclairages

 

Fernand Braudel rappelle tout d'abord : « Or, plutôt que de se soumettre au culte catholique, les Grecs préféraient se donner au Turc. D'ailleurs, c'est ce qu'ils ont fait. Contre les Vénitiens, contre les corsaires ponentins, ils ont été presque toujours les alliés du Turc. Pourquoi ? Parce que les Turcs ont été d'ordinaire tolérants, qu'ils n'ont jamais cherché à faire de prosélytisme, qu'ils n'ont jamais gêné l'exercice du culte orthodoxe. Régulièrement, le clergé grec s'est ainsi trouvé au rang des adversaires les plus obstinés de Venise et des Occidentaux en général. Et ses membres se sont entremis, chaque fois qu'une révolte contre le maître de Constantinople se préparait, pour ramener les esprits au calme, leur expliquer que, de ce calme, dépendait la survie du peuple grec.

Si aujourd'hui l'étendard de la révolte est prêt à se lever, continue notre informateur, c'est que depuis 1570 environ, une vague d'intolérance commence à submerger les pays turcs. » (p 106)

Cependant, il explique : « A l'Est, les Turcs tiendront souvent les Balkans avec quelques hommes, comme les Anglais hier, tenaient les Indes. A l'Ouest, les Espagnols écraseront leurs sujets musulmans sans pitié. En cela, les uns et les autres obéissent plus q'il n'y paraît aux impératifs de leurs civilisations : l'une, la chrétienne, trop peuplée ; l'autre, la turque, pas assez pourvue d'hommes. » (p 112) Il le redit : « Inconsciemment peut-être, le Turc ouvre ses portes et le Chrétien ferme les siennes. L'intolérance chrétienne, fille du nombre, n'appelle pas les hommes : elle les repousse. (...) Tout part vers l'Islam où il y a places et profits. » (p 133)

 

L'intolérance espagnole ?

 

Paradoxalement, Fernand Braudel met en évidence la « realpolitik » espagnole : « La littérature nous a toujours présenté une Espagne irréductiblement catholique. Ainsi pensait déjà un contemporain, Saint-Gouard, en l'année 1574, au moment même où l'Espagne était accusée par le roi de France d'intriguer auprès des Protestants français, et s'apprêtait peut-être à le faire. Ce « religion d'abord » risque de ne pas être toujours exact. Les droits de la Raison d'Etat, où donc ont-ils plus compté que dans les conseils du Roi Prudent ? Tout en témoigne : les démêlés et les guerres avec Rome ; ou l'attitude d'un duc d'Albe aux Pays-Bas, par certains côtés si nettement anticléricale ; ou encore la politique qu'au moins jusqu'en 1572, Philippe II a adoptée vis-à-vis de l'Angleterre d'Elisabeth. (...) Et sa politique religieuse dans l'Océan Indien, à travers les domaines portugais dont il s'est saisi au-delà de 1580, a été la tolérance.

Mais rien ne précise mieux l'attitude du gouvernement espagnol que ses conversations, ses compromissions avec les Etats et puissances de l'Islam. Rechercher l'aide du Sophi (comme s'y prêta Pie V lui-même), s'allier avec le Chérif comme allait le faire Philippe II, quelques années seulement après le désastre portugais d'Alcazar Kébir, c'est tout de même autre chose qu'un esprit de croisade. 431-2

 

A l'époque où l'Orient fascinait l'Occident

 

Fernand Braudel écrit : « Tout notre Moyen Age est saturé, illuminé d'Orient, avant, pendant, après les Croisades. « (...) La Légende Dorée foisonne de ces contes ; l'histoire de saint Eustache, celles de Saint Christophe, de Thaïs, des Sept Dormants d'Ephèse, de Barlaam et de Josaphat, sont des fables orientales. La légende du saint Graal se greffe sur celle de Joseph d'Arimathie ; le Roman de Huon de Bordeaux est une fantasmagorie toute brillante des enchantements d'Obéron, le génie de l'aube et de l'aurore ; l'odyssée de saint Brandan n'est qu'une version irlandaise des aventures de Sinbad le marin ». [Citation de Louis Gillet tiré de son Dante] (...) S'étonnera-t-on qu'on découvre des sources musulmanes de la Divine Comédie ; qu'à Dante, les Arabes apparaissent comme de grands modèles à imiter ou qu'il existe, à saint Jean de la Croix, de singuliers précurseurs musulmans (...). » (p132)

 

Le retournement de cette relation au 16ème siècle

 

Avec la Renaissance, l'Occident retrouve de la vigueur. Dès lors, il sera souvent imité par l'empire turc. A ce propos, l'auteur note : « Cependant, les emprunts culturels sont des greffes qui ne reprennent pas toujours. En 1548, les Turcs avaient essayé, dans leur campagne contre la Perse, de transformer l'armement des spahis et de les doter de pistolets (...) ; la tentative sombra dans le ridicule et les spahis, à Lépante et plus tard encore, restèrent armés d'arcs et de flèches. Ce médiocre exemple montre, à lui seul, la difficulté qu'éprouvent les pays turcs à suivre leurs adversaires. Sans les divisions de ces derniers, leurs querelles et leurs trahisons, les Turcs n'auraient pas pu, malgré leur discipline, leur fanatisme et l'excellence de leur cavalerie ou leurs équipages, tenir contre l'Occident. » (p 134)

 

Eloge du temps long

 

Fernand Braudel est connu pour avoir popularisé la notion de « temps long ». Dans la conclusion de son ouvrage, il écrit : « Je pense aussi, avec Carlo Levi, que le pays perdu qui est le vrai sujet de beau roman, Le Christ s'est arrêté à Eboli, s'enfonce dans la nuit des temps. Eboli (...) est sur la côté, près de Salerne, là où la route quitte la mer pour foncer droit vers la montagne. Le Christ (c'est-à-dire la civilisation, l'équité, la douceur de vivre) n'a pu continuer sa marche vers les hauts pays de Lucanie, jusqu'au village de Gagliano, « au-dessus des précipices d'argile blanche », au creux de versants sans herbe, sans arbres. Là, de pauvres cafoni sont mis en coupe réglée, comme toujours, par les nouveaux privilégiés du temps présent : le pharmacien, le médecin, l'instituteur, toutes personnes que le paysan évite, qu'il craint, avec qui il biaise... Vendettas, brigandages, économies, outils primitifs sont ici chez eux. Un émigré peut revenir d'Amérique dans un village presque abandonné, porteur de mille nouveautés étrangères, d'outils merveilleux : il ne changera rien à cet univers archaïque, muré en lui-même. Ce visage profond de la Méditerrannée, je doute que, sans l'oeil du géographe (du voyageur ou du romancier), on puisse en saisir les vrais contours, les réalités oppressives. » (p 516). Il le souligne de façon encore plus explicite plus loin : « Dans l'explication historique telle que je la vois, à mes risques et périls, c'est toujours le temps long qui finit par l'emporter. » (p 520)

 

Par DAMIAN974 - Publié dans : L'arrêt public des livres
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Vendredi 2 novembre 2007 5 02 /11 /Nov /2007 06:51

Pour l'amateur d'histoire, il existe quelques essais qu'il faut lire. Le présent ouvrage en fait partie. Publié pour la première fois en 1947, il a été principalement rédigé durant la captivité de l'auteur dans le camp de Lübeck, de 1940 à 1945. Fernand Braudel est, avec Lucien Febvre (à qui l'auteur dédie l'essai) et Marc Bloch, un des fondateurs de l'Ecole des Annales. Celle-ci correspond à un grand courant de recherche historique qui s'est efforcé de sortir de l' « histoire-bataille » pour privilégier l'analyse sociale des périodes étudiées.

 

N'ayant que fort peu de compétences en histoire, je me permets juste, ici, de reprendre des réflexions sur le 16ème siècle qui m'ont semblé pertinentes pour mieux comprendre certains événements actuels. J'indiquerai également que l'édition dont je me sers est la neuvième, publiée chez Armand Colin en 1990. Enfin, je soulignerai le style de l'auteur, aussi bon que celui de Michel Foucault sur un type d'écriture qui ne suscite pas spontanément de telles aisances.

 

Sur les zones de non-droit situées dans les montagnes

 

Fernand Braudel écrit : « Le régime féodal, système politique, social, économique, instrument de justice, a laissé en dehors de ses mailles la plupart des zones montagneuses. » (p 34). Plus loin, il poursuit : « Une enquête sur la vendetta conduirait à des observations du même ordre : les pays de vendetta (tout pays de montagne, remarquons-le) sont ceux que le Moyen Age n'a pas pénétrés de ses idées de justice féodale : pays berbères, Corse ou Albanie, par exemple. » (p 34).

 

Sur les conséquences de la trop grande importance accordée au foncier

 

L'auteur souligne : « Un des drames de la Méditerranée ( à part quelques régions neuves qui facilitent l'individualisme agraire), une des raisons de son traditionnalisme et de son ankylose est que les pays neufs y restent sous le contrôle des riches. Une hache, une pioche peuvent suffire dans le Nord, comme demain en Amérique, à créer de la bonne terre nourricière. En Méditerranée, il faut que le riche et le puissant s'en mêlent. » (p 67)

 

Les frontières de l'Europe ?

 

Fernand Braudel nous fait réfléchir sur l'Espagne en ces termes : « La conquête achevée, les vainqueurs chrétiens furent entraînés à saisir la rive sud de la Manche ibéro-africaine, sans le vouloir d'ailleurs avec la netteteté et la continuité de vue qui eussent été conformes aux intérêtés espagnols. C'est une catastrophe, dans l'histoire de l'Espagne, qu'après les occupations de Melilla en 1497, de Mers-el-Kebir en 1505, du Penon de Velez en 1508, d'Oran en 1509, de Mostaganem, Tlemcen, Ténès et du Penon d'Alger en 1510, cette nouvelle guerre de Grenade n'ait pas été poursuivie avec acharnement ; que l'on ait sacrifié cette tâche ingrate, mais essentielle, aux mirages d'Italie et aux relatives facilités d'Amérique. Que l'Espagne n'ait pas su ou voulu, ou pu développer son succès initial, peut-être trop aisé (...) qu'elle n'ait pas poussé cette guerre d'outre-Méditerranée, voilà un des grands chapitres d'hisoire manquée. Comme l'a écrit un essayiste [Gonzalo de Reparaz], à moitié Europe, à moitié Afrique, elle a failli à sa mission géographique et, pour la première fois au cours de l'histoire, le détroit de Gibraltar « est devenu une frontière politique ». » (pp. 108-9)

 

La puissance de l'Europe ?

 

Fernand Braudel nous invite à reconsidérer l'Orient. Cette région a été, par le passé, plus développée que l'Europe du Moyen-Age : « Economiquement et culturellement, les différences entre les deux zones ne font que s'accuser au 16e siècle, en même temps qu'achèvent de se renverser leurs valeurs respectives. Depuis le 13e siècle, l'Orient n'a cessé de perdre, une à une, les primautés qui avaient été les siennes, les raffinements de la civilisation matérielle et de la technique, les grandes industries, la banque, les sources de l'or et de l'argent. Le 16e siècle achève sa défaite au cours du drame économique sans précédent qui, créant l'Atlantique, supprime l'ancien privilège du Levant, seul dépositaire, en un temps, des richesses des « Indes ». Chaque jour, dès lors, accroît la différence de niveau de vie entre l'Occident, bouleversé par les progrès de la technique et de l'industrie, et ce monde de vie à bon marché où l'argent venu de l'Ouest se valorise automatiquement et acquiert un plus grand pouvoir d'achat. » (p 126)

Plus loin, il écrit : « Ainsi le Maghreb n'a pas été l'éternel traînard qu'Emile-Félix Gautier présente dans ses livres ; il a eu, lui aussi, ses périodes de splendeur, même de primauté. La Carthage punique, c'est tout de même quelque chose. Et la conquête des Espagnes au 8e siècle, celle de la Sicile au 9e, celle de l'Egypte au 10e, n'est-ce rien ? Sur le plan spirituel, au temps d'Apulée et de saint Augustin, l'Afrique du Nord a été le plus grand support de l'Eglise et de la culture latine. » (p 151)

 

Des échanges commerciaux, mais quelle répartition des richesses ?

 

L'auteur montre que, dès les débuts du capitalisme, les profits ne sont guère partagés de façon équitable : « (...) Madère, les Canaries, Sao Tomé, qui, toutes, ont été littéralement ravagées par la monoculture de la canne à sucre. Comme le sera plus tard, le Brésil colonial du Nord-Est. Madère, à l'origine l'île du bois, perd rapidement la majeure partie de sa couverture forestière, à cause des moulins de sucre et de leurs exigences en combustible. Or, cette révolution se fait uniquement dans l'intérêt d'une Europe qui réclame le précieux produit ; et point pour le profit des insulaires eux-mêmes. (...) Dévastatrice des équilibres anciens, cette nouvelle venue est d'autant plus dangereuse qu'elle est soutenue par un capitalisme puissant, issu, au 16e siècle, de tous les horizons, d'Italie, comme de Lisbonne ou d'Anvers. Qu'on ne peut lui résister. En général, les peuples insulaires ont mal supporté cette usure vitale ; aux Canaries le sucre est sûrement, autant que les brutalités des premiers conquérants, responsable de la disparition des indigènes autochtones, les Guanches. Et finalement c'est lui qui a imposé la solution de la main-d'oeuvre servile, l'esclavage des Berbères de la côte africaine que razziaient les corsaires chrétiens venus des Canaries, et surtout l'esclavage des Noirs de Guinée et d'Angola (...). » (p 142). Il poursuit plus loin, toujours à la même page : « A Chypre, la preuve en sera donnée en 1572, quand les Turcs l'enlèveront à Venise. La richesse de l'île, au temps de la Seigneurie, c'était, avec les vignobles, les plantations de coton et les champs de canne à sucre. Richesse, mais quelle richesse ? Celle d'une aristocratie génoise et vénitienne dont les vieilles et somptueuses maisons sont encore aujourd'hui visibles dans la partie ancienne de Nicosie. Et non point celles des indigènes, les Grecs orthodoxes. »

 

Le réchauffement climatique étendra-t-il la notion de Méditerranée ?

 

L'essayiste livre : « [Pour les géographes,] la Méditerranée va de la limite Nord de l'olivier à celle des grandes palmeraies au Sud. » (p 153). Or, avec le réchauffement climatique, de telles affrimations pourraient être invalidées d'ici à la fin du 21ème siècle...

 

La montée de l'intégrisme

 

Suite à l'expulsion des Juifs d'Espagne en 1492 ou de certaines parties d'Italie au cours du 16ème siècle, un grand nombre d'entre eux s'est réfugié au sein de l'Empire ottoman. C'est dire qu'à l'époque, les musulmans étaient plus tolérants que les chrétiens. Force est de constater, aujourd'hui, que c'est plutôt la tendance inverse qui se produit. On soulignera donc avec d'autant plus d'intérêt cette remarque : « Qui, plus que le poète d'Islam aura chanté le vin ? » (p216).

 

Les Trente Piteuses, période faste pour la finance

 

Suite aux Trente Glorieuses (en gros de 1945 au premier choc pétrolier, en 1973), certains penseurs ont qualifié les trois décennies qui ont suivi de « Trente piteuses » (même si un économiste aussi renommé que Jacques Marseille est revenu sur cette vision trop facile des choses). Néanmoins, comment ne pas penser que, au cours des trois dernières décennies, il s'est produit la même chose que le mouvement décrit ci-dessous dans la seconde moitié du 16ème siècle ? :

« B. Porchnev a raison de le dire, à propos du commerce baltique au 18e siècle : ce qui compte, ce n'est pas tant le volume des trafics, que le taux final des profits. Le capitalisme très agile (...) va vers ces hauts profits et leurs « accumulations » rapides. Il est évident, à la longue, que toute dénivellation entre prix tend à se combler surtout par beau temps économique. Le commerce au loin doit alors changer ses choix. Il connaîtra ainsi des périodes plus ou moins fastes : très faste, la première moitié du 16e siècle ; avec des profits qui se tassent, la seconde moitié ; avec un renouveau net, le 17e siècle. C'est la panne relative des affaires marchandes qui a sans doute rejeté tant d'hommes vers les prêts aux gouvernements et les changes, vers une sorte de capitalisme financier, durant la seconde moitié du 16e siècle. » (p 403)

Par DAMIAN974 - Publié dans : L'arrêt public des livres
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Mardi 30 octobre 2007 2 30 /10 /Oct /2007 08:54



L'auteur, on s'en rappelle, a été le Ministre des Affaires étrangères de Lionel Jospin, lors des cinq années durant lesquelles ce dernier a été premier ministre de la France, de 1997 à 2002. Actuellement directeur de l'Institut François Mitterrand, le fils de Jean Védrine poursuit sa réflexion géopolitique dans ce court essai, écrit avec la collaboration d'Adrien Abécassis et de Mohamed Bouabdallah. L'ouvrage est divisé en quatre parties : « Occidental Vertigo » (allusion à « American Vertigo » de Bernard-Henri Lévy) ; « Un monde meilleur, comment ? » ; « Une Europe qui saurait qui elle est et ce qu'elle veut » ; « Et la France ».

Le titre fait référence à l'ouvrage très connu de Francis Fukuyama qui, quelques mois après la Chute du Mur de Berlin, annonçait « La Fin de l'Histoire ». Par cette expression, cet universitaire américain prévoyait que l'idée occidentale de démocratie allait se propager rapidement à toute la Terre en amenant avec elle la paix (puisque les démocraties ne se font pas la guerre). Il reprenait là une idée du philosophe Hegel.

 

 

1° Première partie : Occidental Vertigo

 

L'hyperpuissance américaine aveuglée par sa force ?

 

Hubert Védrine écrit avec justesse : « Durant les deux mandats de la présidence Clinton (1993-2000), la puissance américaine fut éclatante sur tous les plans, aussi bien économique que politique. C'est d'ailleurs en 1998, sous Clinton et non pas sous Bush, que, pour mieux décrire ce rayonnement nouveau que traduisait mal le vieux terme de « superpuissance » - un peu aussi pour mettre en garde, mais pas pour critiquer ni condamner – je lançai le néologisme d' »hyperpuissance », servant à désigner une puissance sans précédent ni équivalent historique ou actuel. Mais, par sa perception exceptionnelle des réalités politiques extérieures – trait assez rare chez les hommes politiques américains -, par son charisme et son ouverture d'esprit, par ses efforts tardifs mais sincères en faveur de la paix au Proche-Orient, le président Clinton donnait à cette immense puissance un visage et des formes acceptables pour le reste du monde. Par sa seule présence à la Maison-Blanche, il bridait une volonté d'hégémonie qui montait des profondeurs de l'opinion américaine et était déjà perceptible dans les médias et certains think tanks. Au demeurant, lors des élections de 1994, pour le renouvellement du Sénat et de la Chambre des représentants, la victoire du parti républicain devenu viscéralement réactionnaire montra comment l'Amérique évoluait dans ses tréfonds : nationalisme étroit, primauté réaffichée des intérêts nationaux, méfiance envers toute dilution de la souveraineté dans le multilatéralisme et donc envers l'ONU, conception brutale, hiérarchique et unilatéraliste des rapports avec les alliés, croyance dans le règlement purement militaire des conflits. Cette victoire annonçait une ligne plus dure encore que celle qu'avait exprimée naguère le slogan de Ronald Reagan : America is back, et qu'allait confirmer le « Nous avons trouvé notre mission » de Georges W. Bush, le 12 septembre 2001. » (pp.14-16)

Si Hubert Védrine est socialiste, il n'en critique pas moins les démocrates américains : « (...) après la déroute des républicains aux élections du midterm, en novembre 2006, conséquence du fiasco irakien, le président Bush s'est cru obligé de se dire pragmatique (!) et ouvert à toutes suggestions. En fait, les démocrates, qui ont presque tous voté la guerre en Irak, n'ont pas de politique alternative. Peut-être devront-ils regretter d'avoir gagné trop tôt. » (p49)

 

Un aveuglement partagé par le reste de l'Occident

 

Selon Hubert Védrine : « Les milieux culturel, médiatique et même politique croient, pour leur part, concevoir la planète telle qu'ils voudraient qu'elle soit, sans que la sanction de la réalité n'intervienne jamais. Ils projettent leurs conceptions sur le monde extérieur et peuvent s'abandonner durablement à un narcissisme que le système médiatique encourage et entretient, sans avoir à subir les conséquences de leur idéalisme. Ce sont leurs pays qui en paient le prix. » (p47)

 

Il y a d'autres Weltanschauung (visions du monde)

 

Il cite les philosophes Ramin Jahanbegloo ou Alexandre Soljenitsyne « (...) qui estiment, parmi d'autres, que l'universalisme ne doit pas être fondé sur les seules valeurs occidentales (...). » (p25)

Plus loin, il revient sur ce thème : « Comment réagissent les Occidentaux face à ces obstacles et à ces résistances qui viennent contredire leurs conceptions et contrarier leurs actions ? Dans l'ensemble, aucun doute sérieux ne les effleure quant à la supériorité de leurs valeurs et à leur nécessaire prédominance ». (p46)

A cet égard, il rappelle : « (...) à Durban, du 31 août au 7 septembre 2001, la conférence des Nations unies contre le racisme, sujet en principe et par excellence consensuel, achoppe sur la qualification de l'histoire de l'esclavage et des conséquences politiques à en tirer ! Cet échec rappelle brutalement aux optimistes le fossé toujours béant entre Occidentaux, Africains et Musulmans ». (pp.33-34)

 

Paris ne s'est pas fait en un jour

 

Il souligne : « Partout la démocratie a été le fruit d'un processus complexe, plus ou moins rapide, avec des avancées, des reculs, des interactions intérieur/extérieur, mais essentiellement endogène. Quand je disais à Madeleine Albright, lors de nos longues conversations amicales : « La démocratie, ce n'est pas du café instantané », je reprenais, sans le savoir, une formule plus ancienne du grand écrivain mexicain Octavio Paz : « ça n'est pas du Nescafé ! ». (p27)

 

Vers un choc des civilisations ?

 

Il mentionne : « (...) l'Islam est ainsi saisi d'une fièvre de revanche et d'affirmation, en réaction à une occidentalisation forcée, tandis que dans les pays occidentaux des groupes agités, laïcistes, féministes ou droit-de-l'hommistes lancent des appels de plus en plus véhéments à en découdre une bonne fois pour toutes avec ce « fascisme vert », forcément imprégné de terrorisme qu'est à leurs yeux l'Islam. » (p45)

 

La realpolitik, espoir de la politique internationale ?

 

Certes, la possibilité d'une confrontation majeure n'est pas à écarter. Néanmoins, les pays européens sont, pour parler comme le ferait François Géré, des « sociétés post-belliques ». Du coup, « [L'Europe] réagit de façon contradictoire, suit une ligne molle et indéfinie en voulant plus de sécurité mais en réaffirmant dans le même temps ses « valeurs » et son soft power. Pas au point cependant de ne plus vendre d'Airbus à la Chine ni de refuser d'acheter du pétrole aux pays arabes ou du gaz aux Russes. Elle croit s'en sortir en proclamant sa volonté de placer l'éthique au centre de sa politique étrangère et d'être ainsi protégée des menaces anciennes et nouvelles. Mais la combinaison de ces princepes reste bien incertaine, et on repense aux moralistes kantiens que fustigeait Péguy : « Ils ont les mains pures, mais ils n'ont pas de mains. » (pp51-52).

 

Une sortie par le haut pour l'Occident et la France : voir le monde tel qu'il est et savoir ce qu'on veut

 

En conclusion de partie, l'auteur souligne que les Européens devraient s'inspirer de la démarche du rapport Baker-Hamilton sur l'engagement militaire en Irak « et embrayer sur elle : commencer par regarder le monde tel qu'il est, puis se mettre d'accord entre eux sur leur projet. » (p53)

 

Partie II : Un monde meilleur, comment ?

 

L'auteur constate que « (...) l'économie dérégulée, mondialisée et financiarisée des vingt-cinq dernières années n'a plus rien à voir avec l'ancienne économie mixte ni avec le bon vieux capitalisme rhénan. Cette nouvelle économie assure sa rentabilité en se défaussant sur la société de la plus grande part des coûts sociaux, humains, environnementaux et patrimoniaux, à court et long terme, de son propre fonctionnement. » (p58)

Puis, il met en évidence : « (...) aujourd'hui, à quelques exceptions près, le monde souffre plutôt de l'impuissance des Etats que de leur excès de puissance. Les Etats en développement auraient besoin d'Etats démocratiques forts et capables, pas seulement d'une société civile ou d'un marché. Si l'on n'y remédie pas, le recours au multilatéralisme pourrait apparaître comme un leurre, une défausse commode (...). » (p69)

 

Quelques propositions

 

Parmi les idées suggérées par l'auteur, on citera : « Nous avions également envisagé avec Henri Nallet un Conseil consultatif mondial de la société civile qui se réunirait chaque année et adresserait voeux et questions à l'Assemblée générale. » (p75) ou encore : « Mais pour ceux, dont je fais partie, qui pensent que c'est hélas une menace bien réelle, qui ne peut être négligée, la réponse pourrait se résumer en une phrase : face au risque de « choc », le dialogue ne suffit pas, il faut une réponse politique. Réponse qui, nécessairement, ne peut se passer des Etats: le conflit israélo-palestinien, abcès de fixation majeur qui empoisonne depuis des décennies les rapports entre l'Occident et le monde arabo-musulman, ne pourra être résolu en l'absence d'un Etat palestinien viable, cohabitant avec l'Etat d'Israël dont l'existence et les frontières seraient reconnues sans ambiguïté par ses voisins, et la sécurité garantie par les grandes puissances, à commencer par les Etats-Unis. » (p86)

A cet égard, « Il est significatif qu'interrogé sur l'Irak, James Baker ait tenu à mentionner dans son rapport que les Etats-Unis, pour interrompre le cycle d'une aggravation sans fin de la situation au Proche-Orient, devraient également se réengager dans la résolution du conflit israélo-palestinien. » (p87)

 

Partie III : Une Europe qui saurait qui elle est et ce qu'elle veut

 

De façon claire, l'auteur souligne : « Le Traité constitutionnel européen avait mêlé institutions et politiques. Je pense, comme je l'écrivis avant le référendum de 2005 et plus encore juste après, que trois clarifications – sur les frontières, sur le pouvoir, sur le projet – sont indispensables, préalablement à toute relance, pour combler le fossé entre élites européistes intégrationnistes et citoyens « normaux », pas du tout anti-européens mais attachés à leur identité et aujourd'hui déboussolés. » (p90)

 

Les frontières

 

Selon Hubert Védrine : « (...) il faut avoir le courage de dresser la liste des pays (moins d'une dizaine) qui ont encore vocation à entrer dans l'Union quand ils – et elle – seront prêts. En tout cas, les Balkans occidentaux – et s'ils le souhaitent, la Suisse, la Norvège, l'Islande. Tout le reste, en revanche, prête à discussion. » (p95)

 

Le pouvoir

 

L'ancien chef du Quai d'Orsay écrit : « Alors, pourquoi ne pas le dire ? Pourquoi ne pas annoncer plus nettement une stabilisation des compétences de l'Union européenne, voire la restitution de certaines compétences aux Etats membres ? » (p101) Pour cet ouvrage achevé le 1er janvier 2007, Hubert Védrine cite une seule et unique fois la candidate socialiste aux présidentielles : « Il y a en effet autre chose à faire que de tout miser sur les seules institutions : une relance des projets européens concrets à tous les niveaux que j'avais préconisée, en juin 2005 et qui est très proche de ce que Ségolène Royal appelle « L'Europe par la preuve ». » Il poursuit, à la même page, sur cette idée : « Toutes les approches doivent être utilisées : nouvelles politiques communes à vingt-sept (en priorité, l'énergie couplée à l'écologie (...)), réforme de la PAC ; politique économique coordonnée de croissance, créatrice d'emplois, dans la zone euro, qui pourrait faire l'objet d'une vraie négociation avec l'Allemagne en liaison avec la réforme institutionnelle ; coopération en matière sociale avec les Etats qui voudraient aller plus loin ; super-Erasmus ; soutien aux centres de recherches européens (...). »(pp.107-108)

 

Le projet

 

Avant d'aborder ce point, il constate : « C'est avoir mal lu Joseph Nye et ne pas avoir réalisé que le soft power des Etats-Unis ne serait pas ce qu'il est sans le hard power auquel il est adossé : « La puissance intelligente, c'est l'art de marier les deux efficacement », précise-t-il (...). » (p110)

Il recommande alors de « prendre à témoin l'opinion européenne dans toute son ampleur à l'occasion d'un référendum général ou d'élections européennes : « Voulez-vous que l'Europe devienne une puissance mondiale avec ce que cela implique sur les plans diplomatique et militaire ? » (p113).

 

Partie IV : Et la France ?

 

Cette partie est, selon nous, la seule qui nous ait un peu déçu. On mentionnera tout de même au lecteur ce passage :

« Le manichéisme et l'hubris occidentaux ont ainsi conduit à cette régression : la politique étrangère est devenue inutile, puisqu'elle n'a plus pour objet que de se congratuler entre amis ou alliés, et qu'on ne doit pas traiter avec les autres, opposants, parias ou voyous : on les ignore, on les sanctionne ou on les bombarde ! Or c'est bel et bien ce qui a échoué au Moyen-Orient. Où est le temps où François Mitterrand pouvait déclarer en Israël, devant la Knesset : « C'est avec ceux qui vous combattent qu'on fait la paix » ? » (pp.143-4)

 

Remarques diverses

 

Quelques regrets ? Evidemment ! L'auteur souligne : « (...) il est de plus en plus difficile de mener des politiques étrangères sérieuses, c'est-à-dire persévérantes, cohérentes, fondées sur une vraie vision du monde et de nos intérêts ». (p31). Or, paradoxalement, le lecteur reste sur sa fin ce que Hubert Védrine peut proposer. Quid de la politique vis-à-vis de l'Afrique ? Des rapports avec la Chine ? Avec la Russie ? Les pays arabes ? Israël ? L'Iran ? Le Pakistan ?

A-t-il été aussi rapide dans l'analyse qu'il a rendue à Nicolas Sarkozy le 4 septembre 2007 intitulée « Rapport pour le président de la République sur la France et la mondialisation » ? Je ne m'avancerai pas sur ce point, mais constaterai seulement que cette étude lui a été demandée au début juillet, ce qui laisse deux mois seulement pour les lectures et la rédaction...

 

Et les aspects positifs ? Il est inutile de forcer l'argumentation. Cet essai est bref et j'ai écrit de très nombreuses notes à son sujet. Il y a donc de multiples choses à apprendre ou sur lesquelles réfléchir. Je recommande vivement la lecture de cet opus.

En outre, la mise au point effectuée sur « La Fin de l'Histoire » est pertinente. Comme disait Raymond Barre (qui l'empruntait à Lénine !) : « les faits sont têtus ». Et c'est un des grands mérites de ce livre que de ne cesser de rappeler l'aveuglement occidental sur la réalité du monde.

Enfin, j'apprécie ces hommes politiques qui ont pris conscience du défi écologique qui s'impose à nous. En effet, à de nombreuses reprises, l'auteur est revenu sur la nécessité de prendre en compte l'écologie. Sa conclusion évoque même cette urgence en ces termes : « Une prise de conscience du compte à rebours écologique global dans lequel nous sommes entrés permettrait de relégitimer l'action publique, de fonder la citoyenneté, de créer un vrai lien entre les six milliards et demi d'êtres humains que tant de choses séparent, mais sur qui pèsent les mêmes menaces. » (p149).

 

 

 

Par DAMIAN974 - Publié dans : choosepeace
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Lundi 29 octobre 2007 1 29 /10 /Oct /2007 04:16



Encore une fois (voir ma critique, dans ce blog, de son précédent film « Fahrenheit 9/11 », palme d'or à Cannes), je préfère recommander d'aller visionner ce film plutôt que le contraire. En effet, même s'il y a des longueurs, des faiblesses (la vision idéalisée des systèmes de soins français ou anglais), le réalisateur met le doigt sur certaines vérités qui font mouche. Pourquoi un tel titre ? « Sicko » vient de « sick » qui signifie « malade ». On entre donc tout de suite dans le vif du sujet. Le film aborde le problème de la protection sociale aux Etats-Unis.

 

Alterner rires et pleurs : un documentaire pensé comme une série

 

Pour faire « passer la pilule » d'un film de deux heures portant sur un sujet sérieux, Michael Moore passe de moments tristes à des passages plus drôles, en ajoutant ici ou là des moments de colère chez le spectateur. C'est donc une construction filmique de type « série ». De nombreuses images d'archives permettent de faire passer plus facilement les commentaires « off ». En bref, on ne s'ennuie pas trop.

 

La mise en accusation d'un système cher et inefficace pour les assurés

 

Le réalisateur débute son film en montrant deux ou trois cas qui, comme près de cinquante autre millions de personnes aux Etats-Unis, ont eu des ennuis de santé alors qu'ils n'ont pas de couverture médicale. Puis, il indique : « Mais ce film ne porte pas sur eux ». Il précise : « Ce documentaire a pour sujet les deux cent cinquante millions d'Américains qui ont une couverture sociale ». Il montre alors une foultitude d'exemples de personnes assurées qui n'ont pas été remboursées pour telle ou telle raison recherchée avec vigueur par des assureurs. Il présente également des contrôleurs médicaux qui se voyaient promus s'ils refusaient des soins de santé à des patients que, pour le coup (pour le coût ?), on peut appeler clients. Par conséquent, l'Amérique se classe en 37ème position mondiale selon l'Organisation Mondiale de la Santé, en ce qui concerne la prise en charge des malades.

 

Une critique des lobbies du secteur privé de la santé

 

Michael Moore revient vite sur les relations dangereuses qui existent entre les hommes politiques états-uniens et les compagnies d'assurances telles que Aetna, Humana ou encore Cygna. Il critique vertement Georges Bush et les conservateurs et rappelle à cet égard que le commencement du démantèlement du système de santé pour tous a été l'oeuvre de Nixon, en 1971. Néanmoins, il rappelle également la prudence des démocrates sur ce point. Cela devait être la grande affaire d'Hillary Clinton lors du premier mandat de son mari. Après un an de combats, elle cessa la réforme qu'elle avait promise : la santé pour tous. Michael Moore souligne même l'argent qu'elle a reçu par la suite des lobbies du secteur des assurances médicales pour sa campagne – couronnée de succès - pour le poste de sénateur de l'Etat de New York. On regrettera ici que si peu de choses aient été dites sur le coût du médicament aux Etats-Unis, un des plus élevés au monde pour une efficacité relative.

 

Un coup à la Michael Moore : Guantanamo

 

Et comment ne pas citer ces « héros » dont l'Amérique se targuait, tous ces hommes qui ont, sans réfléchir, avec générosité, aidé à sortir des décombres d'éventuels survivants des attentats du 11 septembre 2001 ? Un certain nombre d'entre eux n'était pas ou mal couverts. Du coup, la prise en charge des frais occasionnés par les maladies respiratoires qu'ils ont contracté en travaillant à « Ground zero » leur revient.

Puis, Michael Moore, souligne le traitement de santé réservé aux détenus présumés terroristes de Guantanamo, la base que les Américains détiennent dans une île cubaine. Ces derniers reçoivent, selon le réalisateur, des soins continuels et de façon gratuite. Alors, le réalisateur décide de se rendre sur place avec des « héros » du 11 septembre qui ne sont pas couverts. Sur son bateau, il harangue les gardes à l'aide d'un haut-parleur et leur demande des soins gratuits pour les personnes qu'il a amenées. Devant la sirène qui retentit, seul signe de dialogue de l'administration pénitentiaire, il se rend avec sa troupe à Cuba où il décide de faire soigner les « héros ». Ceux-ci obtiennent des soins gratuitement ainsi que des médicaments pour un coût minime. Vision par trop idéalisée du monde, certes. Néanmoins, je préfère encore une fois encourager les gens à visionner ce film tant il rappelle que, si on n'y fait pas garde, on ira vers ce choix de société, en France comme ailleurs. En effet, il est indéniable que, sur de très nombreux points, les Etats-Unis influencent la France dans sa façon d'appréhender les problèmes de société, et le « néo-conservatisme » de Nicolas Sarkozy est là pour le rappeler...

 

Par DAMIAN974 - Publié dans : Films
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Jeudi 25 octobre 2007 4 25 /10 /Oct /2007 12:37



Vive le préfet de la Réunion (Paul-Henri Maccioni) ! Vive EDF ! Vive le projet de centrale au fuel à La Possession !

 

Trois cents millions d'euros, soit deux milliards de francs, c'est la somme qu'EDF souhaite injecter dans cet équipement qui aurait une puissance de 206MW. Evidemment, il y a urgence puisque l'ancienne centrale de 125MW qui se trouve au Port doit être arrêté dans les années à venir. Comme l'indique le bon article du Journal de l'Ile de la Réunion, en date du 18 octobre 2007 : « . Mis en service entre 1970 et 1988, les dix moteurs diesel de la vieille centrale d’EDF du Port-Ouest (125 MW) ne correspondent plus aux normes environnementales d’émissions de gaz définies en 1999. Voilà même 8 ans qu’elle n’est plus dans les clous. À partir du 1er janvier 2011, elle aura obligation d’être conforme et EDF a donc choisi de la démanteler. Dès lors, les avis divergent : faut-il refaire le choix de l’énergie fossile ou plutôt saisir l’occasion de la faire reculer ? Avec la perte sèche de 125 MW, le parc de production actuel (580 MW) ne pourrait plus subvenir à la demande de l’île, qui croît de 4,5 % chaque année. Ainsi avec cette nouvelle centrale de 206 MW, dont les travaux doivent débuter fin 2008 pour une mise en service fin 2010, EDF ne fait que suivre la PPI (programmation pluriannuelle d’investissement). Un document écrit par l’Etat pour sécuriser l’alimentation de l’île aujourd’hui et demain. Le préfet a même déjà déclaré le projet d’intérêt général. »

 

Quelles alternatives ?

 

Il est évidemment aisé de critiquer. Dans la suite de l'article cité plus haut, le journaliste, Sylvain Amiotte, écrit : “Pour 2010, il faut être réaliste, on n’a pas encore de solution de remplacement. Mais ne faire que ça, c’est une grosse erreur de stratégie énergétique”, estime Christophe Rat, le directeur de l’ARER, qui secoue l’Etat : “Si on mettait en place aujourd’hui une réglementation thermique (ventilation, isolation) dans la construction, un contrôle de la climatisation et une obligation de chauffe-eau solaire, alors on éviterait des dizaines de mégawatts et on pourrait au minimum redimensionner la centrale.” Plus loin, il évoque aussi : « Laurent Gautret, directeur technique de l’ARER, propose l’instauration d’une compensation carbone en demandant que “les nouveaux producteurs d’électricité fossile paient chaque tonne de CO2 émise pour alimenter un fonds carbone régional qui financerait des actions du type chauffe-eau solaire obligatoire.” C’est le principe du pollueur-payeur auquel Christian Estrosi s’est justement déclaré “très attaché” lors du récent Grenelle de l’environnement à Saint-Denis. La tonne de CO2 étant cotée aux alentours de 20 euros à la bourse carbone, EDF devrait ainsi payer grosso modo 8 millions d’euros chaque année pour les 400 000 tonnes de CO2 qu’émettra la future centrale. En ne prenant en compte que le surplus émis par rapport à l’actuelle centrale, cela équivaudrait à 2,5 millions d’euros par an. Soit 2000 chauffe-eau solaires. À la Région, Philippe Berne affirme sa volonté de “jouer sur cette écofiscalité. Nous y travaillons mais nous n’avons pas encore abouti. »

 

Un dossier évidemment politique, à quelques mois des municipales ?

 

Cela fait des mois que cette affaire envenime les relations entre la mairie de La Possession et la préfecture de la Réunion. La première citée a pris position, de façon courageuse, contre l'implantation sur sa commune d'une centrale au fuel. A cet égard, elle a boycotté une réunion du Territoire de la Côte Ouest (TCO, une communauté d'agglomération regroupant Saint-Paul, La Possession, Saint-Leu, Trois-Bassins et Le Port).

La centrale serait implantée dans un site situé aux abords d'habitation ou d'endroits où les Possessionnais ont de multiples équipements municipaux. En outre, Le Port gagne aussi à voir ce terrain non équipé par de telles installations puisque, étant commune limitrophe, cette mairie pourrait y développer des activités économiques.

Ne serait-ce pas une manipulation du PCR, à quelques mois des municipales ? Pas le moins du monde. En effet, l'opposition est également contre ce projet. Si ce dossier est autant politique, c'est avant tout parce que les préfets de la Réunion, qui ne restent souvent qu'un à deux ans sur place, se soucient peu du long terme.

 

Paroles, paroles, paroles ou l'objectif facteur 4 ridiculisé par l'Etat

 

On rappellera qu'une tonne de gaz carbonique émise reste cent ans dans l'atmosphère avant de disparaître. Au nom d'une soit-disant "neutralité", on met en danger l'air que respireront nos enfants. En outre, l'Etat s'est engagé à réduire par quatre ses émissions de gaz à effet de serre d'ici à 2050 (voir le groupe facteur 4 qui a dû manger un certain nombre de fois son chapeau : http://www.ecologie.gouv.fr/Le-rapport-du-Groupe-de-Travail.html).

Force est de constater que, pour paraphraser la formule connue, "La maison brûle et la préfecture regarde ailleurs". En outre, à voir le prix du pétrole et du charbon augmenter autant au cours de ces dernières années, on peut raisonnablement souligner le non-sens d'une telle décision. De façon stratégique, passer par une centrale au fuel, c'est rester dans le passé. Privilégier les ERP, c'est préparer l'avenir.

 

 

 

Par DAMIAN974 - Publié dans : Réchauffement climatique et développement durable
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