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Mardi 10 juillet 2007 2 10 /07 /Juil /2007 08:19

Ce livre, paru en 2007 aux éditions Ramsay, a été écrit avec la collaboration de Julien Rebillard, journaliste spécialisé dans l'environnement et le développement durable. Disons-le tout de suite, nous avons apprécié les enseignements de cet ouvrage mais avons regretté sa construction. En effet, les auteurs passent beaucoup trop de temps sur le constat, et pas assez sur les propositions ou sur les énergies renouvelables.


« La maison brûle, nous continuons à regarder ailleurs »


Par ce biais, nous déformons évidemment la célèbre phrase de Jacques Chirac, prononcée lors du Sommet de Johannesburg, en 2002 : « La maison brûle et nous regardons ailleurs ». Les auteurs soulignent en effet que 80% de la production énergétique mondiale est issue des énergies fossiles (pétrole, charbon et gaz naturel). Le reste est composé de l'énergie nucléaire (7%) et des énergies renouvelables (13%). Pour ces dernières, Noël Mamère regrette que ce chiffre soit trop grandement le fait de barrages. En effet, ces derniers provoquent, lors de leur construction, des dommages souvent considérable à l'environnement (p115).

Il met en avant des évidences, mais qu'on a trop tendance à oublier. Il rappelle par exemple que l'effet de serre en lui-même est bénéfique. Sans lui, la température moyenne de la Terre ne serait pas de 15 degrés, mais de moins dix-huit degrés.

Il cite des chiffres, comme ceux des parties par millions des émissions de dioxyde de carbone. Celles-ci s'élevaient à 270 au 18ème siècle, à 310 en 1950 et à 379 en 2005 ! Continuant à exploiter les données fournies en novembre 2006 par l'Organisation Météorologique Mondiale (OMM), il souligne l'augmentation de 0,6 degré durant le 20ème siècle, ce qui en fait le plus chaud du second millénaire.


Un historique des négociations du climat


Il rappelle le cadre général dans lequel celles-ci se sont développées. La première conférence des Nations unies sur l'environnement s'est tenue à Stockholm en 1972. Au cours de ces journées, il est décidé de réunir un sommet mondial sur ce thème tous les dix ans. Le Programme des Nations Unies pour l'Environnement (PNUE) est également créé à cette occasion. Dix ans plus tard, une nouvelle conférence se tient donc à Nairobi. C'est un échec. Selon Noël Mamère, « il faut donc attendre 1992 pour assister à un vrai Sommet de la Terre » (p39) à Rio. Cette conférence définit le développement durable autour d'un triptyque « économie-social-environnement ». Son application doit s'effectuer via le programme « Action 21 ». Enfin, après « la ferveur manifestée à Rio, le sommet de Johannesburg, en 2002, est celui de la soupe à la grimace » (p42).


Le protocole de Kyoto


La première conférence mondiale sur le climat s'est déroulée en 1979 à Genève. Puis, le Groupe Intercontinental sur l'Evolution du Climat est créé en 1988 par le PNUE et l'Organisation Météorologique Mondiale. Son premier rapport est publié en 1990. C'est dans le cadre des conclusions catastrophiques qui sont tirées de ce travail que des négociations débutent et débouchent sur le protocole de Kyoto. Noël Mamère rappelle alors que cet accord, signé en 1997, n'est entré en vigueur qu'en 2005. En effet, ce traité, pour entrer en vigueur, doit être ratifié par au moins 55 pays signataires, représentant au moins 55% des émissions de gaz à effet de serre de la planète. Or, pendant longtems, les Etats-Unis et la Russie s'y opposaient alors qu'à eux seuls, ces deux pays comptent pour 43% de la production de 1990 des gaz à effet de serre. Ce n'est qu'au début 2005 que la Russie a donné son accord sur ce protocole. Il rappelle à cet égard que ce pays « avait tout intérêt à ratifier le protocole, dans la mesure où les niveaux d'émissions de référence pris en compte par Kyoto sont ceux de 1990. Or, depuis cette date, crise économique oblige, de très nombreuses industries russes très pollunautes ont fermé leurs portes. » (p134)

Ce texte « engage les pays l'ayant ratifié à diminuer de 5,2% d'ici à 2012, leurs émissions de gaz à effet de serre par rapport aux niveaux de 1990 » (p45). L'objectif consiste, pour les pays développés, à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre par quatre d'ici à 2050.


Bonnets d'âne


Noël Mamère pointe du doigt quelques mauvais élèves sur ce point : « (...) en janvier 2006, le Canada porte au pouvoir un nouveau gouvernement, dirigé par le conservateur Stephen Harper. Très rapidement, ce dernier annonce que son pays ne pourra pas tenir les engagements du protocole, au motif que, par rapport à l'année de référence (1990), les émissions de gaz à effet de serre ont augmenté de près de 30%. Mais Harper a simplement oublié de préciser que, depuis son élection, son gouvernement a torpillé les actions initiées par l'équipe précédente, en refusant de financer plusieurs programmes de lutte contre le réchauffement climatique. » (p50)

Il met en évidence que la conférence de Nairobi, en novembre 2006 a proposé que les discussions sur « l'après-Kyoto » commencent en 2008, afin que celles-ci débutent avec un nouveau président américain, tant les organisateurs savent Georges W. Bush contre le protocole. Noël Mamère a l'honnêteté de rappeler : « (...) Al Gore n'était pas spécialement connu pour sa foi environnementale ; c'est lui qui, en ouverture de la conférence de Kyoto, avait notamment défendu la politique américaine en faveur de droits d'émission plutôt que d'une réduction des gaz à effet de serre. » (p53)

Il rappelle aussi que John Howard, le premier ministre de l'Australie ne veut pas non plus entendre parler de ce texte.


La France, de bons résultats en trompe-l'oeil


1° Le Nucléaire : explication de la moindre utilisation des hydrocarbures


Le député écrit : « Selon les chiffres de l'ONU, avec en moyenne 6 tonnes de CO2 émises par an et par habitant, les Français se situent seulement au cinquantième rang des contributeurs à l'effet de serre, derrière la plupart des pays occidentaux. Un classement plutôt flatteur qui s'explique par la très forte part d'énergie nucléaire dans la production électrique hexagonale. » (pp. 105-6). Il indique alors : « La France est la plus nucléarisée des puissances occidentales. Son parc de 59 réacteurs la place au deuxième rang mondial derrière les Etats-Unis (104 réacteurs), mais l'Hexagone tire de la fission de l'atome une part bien plus importante de son électricité qu'outre-Atlantique : 78% contre 19%. En matière de dépendance au nucléaire, le France est seulement battue par la Lituanie (...). » (p106). Il critique alors vertement (si je puis dire) le tabou qui pèse sur le nucléaire en France : « Contester le recours à l'atome, c'est presque bafouer la mémoire du général de Gaulle et faire acte de blasphème vis-à-vis des intérêts économiques nationaux. En effet, le groupe français Areva, avec 58000 emplois et une implantation industrielle dans 40 pays, est aujourd'hui le leader mondial de l'énergie nucléaire. » (p107). Il parle évidemment de l'ITER à Cadarache, dans les Bouches-du-Rhône, ce gigantesque projet nucléaire qui engloutira, dans les années à venir, des milliards d'euros, sans que l'on sache s'il est viable économiquement. Il met en évidence les énormes besoins d'eau d'une centrale nucléaire, ce qui a poussé le système à l'absurde lors de la canicule en 2003, puisque EDF a dû arrêter ou diminuer la capacité de certaines de ses centrales, alors même que la demande en électricité était forte pour alimenter les climatiseurs. En élu girondin qu'il est, il remémore également la tempête de 1999 qui a entrainé l'arrêt de la centrale du Blayais, sise dans ce département : « Elle a été coupée du réseau EDF et partiellement inondée, entraînant une alerte de niveau 2 -sachant qu'au niveau 3, on évacue les populations. » (p111). Il rappelle que, selon la législation actuelle, le montant des dommages d'un accident nucléaire serait pris en charge par l'Etat (p119). Or, à la même page (sans citer malheureusement sa source), il souligne que Tchernobyl a coûté la bagatelle de 360 milliards de dollars à l'Ukraine et aux Etats riverains. Enfin, il critique la perpétuation des crédits alloués à une énergie nucléaire qui continue de produire des déchets très toxiques sans que l'on ait de certitude sur leurs capacités de traitement au cours des prochaines années. Selon lui, une telle pratique est « en violation du plus élémentaire principe de précaution, pourtant gravé dans le marbre de la constitution française depuis le vote de la charte de l'environnement en 2005. » (p113).


2° Des efforts ridicules sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre


On l'a écrit, l'objectif sur le long terme consiste, pour les pays développés, à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre par quatre d'ici à 2050 : « C'est sur ces bases qu'a été élaboré en 2004 le Plan climat du gouvernement, pour lequel a été présenté en 2006 le rapport dit « Facteur 4 » (...). » (p123). C'est pourquoi, Noël Mamère déplore : « Après avoir revu ses plans, le gouvernement français a finalement proposé d'établir les quotas d'émissions industrielles pour la période 2008-2012 à 132 millions de tonnes par an... Soit une stabilité par rapport aux émissions de 2005. » (p133).

Plus loins, il raille à nouveau le Plan climat 2004-2012 du gouvernement français qui « propose ainsi aux agglomérations de plus de 100000 habitants de plancher sur un plan climat territorial. C'est oublier un peu vite que, parmi les documents de référence que doivent produire les collectivités figure déjà le Plan d'aménagement et de développement durable, qui s'intéresse largement à ces questions, tout comme le plan de déplacement urbain (...). » (p183) En outre, il critique avec raison les biocarburants : « Cette pression sur le monde agricole devrait d'ailleurs aller croissante : l'actualisation du Plan Climat 2004-2012 prévoit de porter la part des biocarburants de 7% en 2010 à 10% en 2015. De plus, le rendement énergétique étant actuellement faible, le gain en termes de pollution automobile sera lui très limité. C'est ce que démontrait une étude de l'UFC-Que choisir, en janvier 2007, consacrée aux biocarburants (...). » (pp.162-3)


Des initiatives à saluer


Il montre également comment la politique américaine ne doit pas être confondue avec celle de ses collectivités locales. Ainsi cite-il l'initiative du maire démocrate de Seattle, Greg Nickels, qui, en juin 2005, s'est engagé, avec 138 maires venant de trente-sept des cinquante Etats du pays pour appliquer localement le protocole de Kyoto. Il mentionne également l'initiative, prise en décembre 2005, par sept Etats américains de la côte Est de réduire de 10% leurs émissions de gaz à effet de serre d'ici 2019. Enfin, il cite le gouverneur de Californie, Arnold Schwarzenegger, qui, en août 2006, s'est engagé à baisser de 25% les émissions de gaz à effet de serre. Et l'auteur ajoute : « Comme pour souligner le sérieux de cette mesure, le ministère de la Justice californien a porté plainte dans la foulée contre six constructeurs automobiles, pour nuisance publique causée par la production de millions de véhicules générant d'importantes émissions de dioxyde de carbone ». (p55).

D'autres formes de résistance se font entendre. Suite à la décision, prise en 2005 par le président américain d'autoriser les forages pétroliers dans une zone de trois millions d'hectares, les Inuits ont porté plainte devant la commission interaméricaine des droits de l'homme. Ils critiquent cette attaque envers leurs droits fondamentaux. En outre, Noël Mamère cite le cas de l'archipel de Tuvalu, un pays polynésien qui compte neuf atolls. Or, la hausse du niveau des eaux due aux émissions de gaz à effet de serre aurait un effet catastrophique sur cet Etat qui culmine à cinq mètres au-dessus du niveau de la mer. Il y a quelques années, le Premier ministre de Tuvalu « comptait bien établir juridiquement cette responsabilité américaine et australienne en menaçant de lancer une action contre ces deux Etats auprès de la Cour Internationale de Justice de La Haye. » (p71).


Des propositions


Finalement, c'est le grand regret du livre. Les deux auteurs passent beaucoup de temps à critiquer. Parfois, on trouve même qu'ils auraient pu avoir la grandeur de mentionner les rares bonnes mesures mises en place par Jacques Chirac au cours de ses deux mandats dans le secteur de l'environnement. A cet égard, nous ne les suivrons pas en p121 lorsqu'ils critiquent la mesure de juin 2006 sur les tarifs de rachat de l'énergie photovoltaïque par EDF. Evidemment, on pourrait mieux faire, mais au niveau européen, on arrive, grâce à cette décision à être un des pays les plus attractifs. Ils n'évoquent même pas la très forte défiscalisation permise par l'achat de matériels promouvant le développement durable.

Il évoque le site Climat Mundi sans encourager ce genre de démarches par cette phrase lapidaire : « Compenser une tonne de CO2 ou signer une pétition d'accord, changer nos habitudes de consommation, c'est autre chose... » (p204). Et il a cité une entreprise privée, Climat Mundi, alors qu'il aurait pu mentionner Action carbone qui, elle, est une association !

Il a aussi de nombreuses remarques pertinentes. Après avoir critiqué le démarrage effectif de la filière du retraitement des déchets d'équipement électriques et électroniques en novembre 2006 seulement (suite à une directive européenne en ce sens de 2003), Noël Mamère écrit : « Or, le tri de ces déchets, s'il nécessite de la précision est une tâche qui ne demande pas de qualification ou d'expérience préalables. L'effort en faveur de l'environnement se doublerait d'une création d'emplois non délocalisables. Et on ose encore nous dire que l'écologie est incompatible avec la création d'emplois ? » (p155).

Noël Mamère propose : « Il faut passer à une autre étape : le droit d'ingérence climatique. Lorsque les Etats sont inaptes à prendre les mesures nécessaires, l'action internationale doit se substituer à leur incurie et s'imposer à eux. Une charte mondiale de l'environnement doit être définie, qui fixe les règles et contraintes à observer pour parvenir à des résultats significatifs. » (p51. On pourra d'ailleurs indiquer qu'il revient à nouveau sur cette proposition en p102)

Il souligne avec pertinence que la « déclaration finale du Sommet de Rio, en 1992, a affirmé le principe selon lequel la lutte pour la protection de l'environnement devait intégrer la notion de solidarité environnementale. » (p215)

Il met en évidence la pertinence de l'échelon local pour les énergies renouvelables : « (...) l'avenir est à la multiplicité de petites unités de production, soit pour le chauffage du logement (solaire thermique, biomasse, pompes à chaleur) soit pour l'alimentation électrique (photovoltaïque, petit éolien). (p118). Plus loin, il écrit : « L'impulsion ne viendra pas du global, mais du local. » (p166).

Il évoque un peu l' « éco-logement », mais même pas la Haute Qualité Environnementale (HQE), ni le nouveau code des marchés publics (p173). Or, les commandes publiques représentent un montant conséquent des dépenses dans le bâtiment, secteur très énergivore.


Pour une fiscalité verte


Il cite L'avenir climatique. Quel temps ferons-nous ? De Jean-Marc Jancovici, dans lequel ce dernier mentionne qu'une tonne de mangues importée en France, via un avion d'Afrique du Sud, « représente l'émission atmosphérique de 3,2 tonnes d'équivalent carbone, le même poids d'orange importé de Tunisie représente 1,2 tonnes, alors qu'il est de 3 kilos équivalent carbone pour une tonne de pommes vendues sur place par un producteur local ! » (p23). Ce n'est que beaucoup plus loin qu'il propose des solutions de bon sens, qui ne sont pas révolutionnaires, mais qui le deviendraient si un nombre croissant de « consomm'acteur » s'y adonnait : privilégier les produits locaux et de saison. (p165)

Evidemment, il se déclare en faveur d'une « taxe carbone » internationale sur le kérosène, en plus des autres hydrocarbures. Il souhaite « la mise en place d'une fiscalité différenciée qui pénaliserait les produits et les procédés industriels fortement polluants. » (pp149-50) Il se demande alors si de telles entraves au commerce seraient acceptées par l'OMC. Il cite alors les propos de son directeur général, Pascal Lamy : « Il y a le droit, au nom de la protection de l'environnement, d'instituer certains obstacles aux échanges ».(p150). Il souligne également le rôle que l'Union européenne pourrait avoir dans la promotion d'une écotaxe lors des négociations qui reprendront en 2008 pour fixer l'après-Kyoto. Il regrette ensuite que le frêt ferroviaire ne soit pas plus développé au sein de cette zone.

Il tire à vue sur son adversaire socialiste et en profite pour en faire de même avec l'animateur d'Ushaia : « Ainsi Ségolène Royal, qui a signé le « Pacte écologique » de Nicolas Hulot, a proposé dans la foulée plusieurs pistes intéressantes, visant notamment à replacer l'environnement parmi les priorités de l'action internationale et à engager un plan drastique d'économies d'énergie. Mais elle a aussi émis des réserves à l'encontre de la seule mesure intéressante de ce « pacte » : la taxe carbone qui s'appliquerait à l'achat des produits hydrocarbures, notamment l'essence, en plus de la fiscalité existante sur les produits pétroliers. » (pp.158-9)

Il mentionne une initiative intéressante : « (...) l'instauration des « certificats d'énergie », entrés en vigueur à l'été 2006, reste une démarche intéressante, car elle pose le menace d'une sanction financière immédiate, en obligeant les fournisseurs d'énergie (EDF et GDF notamment) à mettre en place des opérations d'économie d'énergie auprès de leurs clients. Chacune de ces actions permet d'établir un « certificat d'énergie » qui mentionne l'énergnie réalisée, sachant que les entreprises concernées ont un quota de certificats à remplir. Si ces quotas ne sont pas atteints au terme de la période impartie (en l'occurrance du 1er juillet 2006 au 30 juin 2009), l'entreprise devra compenser financièrement son déficit de certificats d'énergie. » (pp.160-1)


Noël Mamère connaît-il les énergies renouvelables ?


Evidemment, nous sommes critiques alors que la lecture de cet ouvrage est, une fois encore, recommandée. Néanmoins, comment ne pas regretter que le député girondin attende la page 112 pour mentionner pour la première fois les éoliennes ? En outre, il ne souligne la nécessité de faire de la Maîtrise de l'Energie un effort prioritaire qu'à la page 124. Puis, on regrettera aussi qu'il n'évoque les bienfaits de lois pour l'environnement qu'à la page 156. De la part d'un député, cela surprend pour le moins. Or, en Allemagne, c'est précisément par un texte législatif que l'essor des énergies renouvelables s'est fait.

On ne verra aucune ligne sur l'Energnie Thermique des Mers, les Hydroliennes ou autres technologies en train d'être testées sur ce sujet en de nombreux endroits du monde.


Par DAMIAN974 - Publié dans : Réchauffement climatique et développement durable
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Lundi 9 juillet 2007 1 09 /07 /Juil /2007 06:47

Jean-Paul Morel nous invite à une véritable somme de connaissances dans son ouvrage C'était Ambroise Vollard. L'essai atteint six cents pages et pourtant, il se dévore. Les références sont très nombreuses et l'érudition suinte des paragraphes. L'auteur est allé se documenter aussi bien auprès de sources italiennes, allemandes, anglaises, françaises que réunionnaises.

Jean-Paul Morel n'est pas un inconnu puisqu'il avait déjà commis la première édition intégrale de Tout Ubu colonial, publié en 1994, par le musée Léon Dierx. Le présent article s'attarde sur la personnalité d'Ambroise Vollard. La suite, livrée demain, évoquera comment le contexte est souvent fort bien renseigné.


Un éloge de la paresse en trompe-l'oeil ?


Dans ses mémoires intitulées Souvenirs d'un marchand de tableaux, il répond ainsi à deux jeunes qui, souhaitant ouvrir une galerie, lui demandaient conseil : « Je n'ai pas, je ne connais pas de secret pour faire fortune. Mon expérience dont vous me demandez de vous faire profiter, me rappelle seulement tout ce que je dois à mon invincible propension au sommeil. Maintes fois, l'amateur entrant dans ma boutique, m'y trouvait assoupi. Je l'écoutais, encore à moitié endormi, dodelinant de la tête en essayant péniblement de répondre. Le client prenant pour un refus mon inintelligible ronronnement, augrmentait progressivement son offre. De telle sorte que, quand j'étais à peu prêt réveillé, mon tableau avait obtenu une appréciable hausse. C'est le cas de dire que la fortune vient en dormant. Et c'est la grâce que je vous souhaite. » (p30). Or, lorsqu'on constate l'activité de ce marchand, on a de la peine à croire à la propension au sommeil du personnage. Et pourtant, Jean-Paul Morel n'hésite pas à citer Jean-Louis Devoize, neurologue qui, en 2001, dans La Revue du Praticien, qualifie son hypersomnie de « pathologique » (p27).


Ambroise Vollard, bien plus qu'un marchant d'art


Le Réunionnais, né à Saint-Denis en 1866, fait partie du quatuor des grands marchands d'art parisiens de la fin du dix-neuvième et du début du vingtième siècle, les autres étant Paul Durand-Ruel, Alexandre Bernheim et Georges Petit. Il ouvre sa boutique à la fin 1892 ou au début 1893 à Paris. Très vite, le marchand d'art décide de ne pas s'intéresser qu'à l'achat et à la vente de tableaux. En effet, il s'intéresse plus particulièrement aux trois domaines que sont : la gravure, l'édition et l'écriture, ce dernier point étant abordé dans le paragraphe suivant.

Pour Jean-Paul Morel, si Ambroise Vollard s'est lancé dans la gravure, c'est au départ parce qu'il n'avait pas les moyens nécessaires pour acheter des tableaux. « Mais il va transformer cet handicap en atout, la gravure étant un moyen pour lui, à un coût moindre, de se fidéliser les peintres et de pouvoir par la suite acquérir leurs oeuvres. » (p260). Il réalise des expositions ou des ouvrages qui, s'ils ne sont pas de francs succès financiers, montre sa volonté de faire connaître les nombreux artistes qu'il expose dès 1895, soit moins de trois ans après les débuts de sa gallerie.

Pour ce qui est de l'édition, « Vollard se révèle au grand jour comme un véritable mécène, et il révèle surtout sa véritable passion : le livre » (p353). L'auteur poursuit : « Tout le monde s'accorde en tout cas à reconnaître que son premier essai fut un coup de maître. En 1900, (...)Ambroise Vollard publie sous son enseigne Parallèlement de Paul Verlaine, avec le concours de collaborateurs exceptionnels : lithographies originales de Pierre Bonnard, gravées par Tony Beltrand et Auguste Clot (...). » (p354). Il est également le premier à éditer Les Fleurs du Mal dans leur version intégrale.

André Suarès écrira d'ailleurs à Georges Rouault, au lendemain de la mort d'Ambroise Vollard, en 1939 : « Personne, jamais, ne pourra prendre la suite de Vollard, dans nos travaux d'édition. [....] Vos colères et vos rancunes, mon vieux Roualt, doivent être balayées par ce vent funèbre. A présent que Vollard n'est plus, quel qu'il ait été, on s'apercevra qu'il fut pourtant seul de son espèce. Dieu sait si j'en parle avec désintéressement, mais la vérité m'y oblige... » (p479).

Que ce soit dans l'édition ou la gravure, il poussera des artistes qui n'ont aucune expérience de ces domaines à s'y intéresser. C'est lui également qui incite Renoir à se mettre à la sculpture. On pourra dire également qu'il a joué bien souvent un rôle de mécène en aidant les jeunes artistes non officiels.


Ubu, moyen de critiques contre la guerre et la politique coloniale de la France


Jean-Paul Morel note, à propos de L'Almanach illustré du Père Ubu : « Bien qu'il ne porte mention ni d'auteur ni d'éditeur, il est manifestement par l'insertion de dialogues en créole, le fruit de la collaboration entre Alfred Jarry et Ambroise Vollard, qui en fut aussi l'éditeur. » (p78).

L'attachement d'Ambroise Vollard au personnage d'Ubu est tel qu'à la mort d'Alfred Jarry, en 1907, il achète les droits de le réexploiter, ce qu'il ne manquera pas de faire (il suffit pour cela de lire son Tout Ubu colonial). A ce sujet, Jean-Paul Morel note que Max Jacob, Apollinaire ou Gauguin sont enthousiastes du Père Ubu à la guerre, « un des rares réquisitoires qui aient alors été écrits, tant contre la guerre que contre la politique coloniale de la France. » (p373). Pour aller dans le sens de ces critiques, il n'y a qu'à relire le début d'Ubu colonial, très corrosif contre les prétendus bienfaits de la colonisation. Jean-Paul Morel cite également un passage de cette pièce qui serait, selon lui, à mettre en relation avec le manque criant de port à la Réunion, qui ne trouvera un début de résolution qu'en 1886 avec la livraison d'infrastructures de ce type à la Pointe des Galets :

« Père UBU - [...] Voici, pour vous faire plaisir, de quelle façon nous avons établi des ports dans les colonies. Nous vous dirons d'abord que nos ports sont admirablement tenus, parce qu'ils ne fonctionnent jamais. Ils ne donnent d'autre souci que de les épousseter chaque matin, car il n'y entre pas une seule goutte d'eau !

LE FOURNEAU - ... !

Père UBU – Oui, Monsieur, c'est ainsi. Chaque fois que je voulais construire un port, les gens qui avaient intérêt à ce que je le fisse sur leurs terres, me donnaient de la phynance. Quand j'avais la phynance de tout le monde, à ce moment seulement, j'en redemandais au gouvernement, le plus possible en outre ; puis je disais aux gens qu'il ne m'avait accordé de crédits que pour un seul port. Alors je creusais moi-même le port, dans un endroit écarté qui ne fût à personne, et au besoin loin de la mer, puisque ce n'était pas pour mettre des bateaux, mais pour mettre tout le monde d'accord ! » (pp.129-130).


La naissance de l'Art moderne avec Ambroise Vollard comme passeur


Jean-Paul Morel rappelle que les spécialistes se disputent concernant la naissance de l'art moderne. Certains considèrent qu'il s'agit du premier salon des refusés qui s'est tenu en 1863. En effet, jusque-là, les artistes exposés devaient obtenir la caution de l'Institut et de l'Ecole des Beaux-Arts. Napoléon III décide de changer cette pratique et de permettre à certains peintres d'exposer ailleurs leurs oeuvres. D'autres voient cette « naissance » dans la première exposition impressionniste réalisée dans les anciens ateliers de Nadar, en 1874. Une troisième proposition est liée à la dernière exposition impressionniste de 1886, la huitième, du fait que la reconnaissance de l'artiste ne doit plus passer par les fourches caudines du « Salon ». Jean Cassou considère pour sa part que la Fondation du Salon des Indépendants en 1884, en marquant le désengagement de l'Etat du salon officiel, constitue une rupture. Enfin, Gualtieri di San Lazzaro, voit dans la première exposition de Paul Cézanne, à la gallerie Vollard, en 1895, le début de l'art moderne. Jean-Paul Morel se range à cet avis. Il l'explique par ces mots : « Ambroise Vollard, tant par le choix de ses peintres que par le type de rapport qu'il établit avec eux, nous semble bien être le premier marchand de tableaux moderne. » (p17) En effet, il fait aussi découvrir des peintres tels que Van Gogh ou Cézanne. En fait, ces deux derniers sont déjà connus comme il le dit lui-même. Néanmoins, leur renommée grandira beaucoup plus vite, une fois qu'ils auront bénéficié d'une exposition particulière chez Vollard. Il est aussi celui qui fait découvrir deux écoles. La première est celle dite des Nabis (qui, en hébreu, signifie « prophète ») avec des représentants comme Maurice Denis, Pierre Bonnard, Edouard Vuillard et Ker-Xavier Roussel. La seconde, dite des « fauves », rassemble des artistes tels que Henri Matisse, Louis Valtat, André Derain, Maurice de Vlaminck ou encore Kees van Dongen.

C'est un grand mérite de cet essai, qui se lit comme un roman, que d'avoir bien mis en perspective les différentes facettes d'Ambroise Vollard. Il va dans le sens de ce que Laurence Madeline, la conservatrice du Musée Léon Dierx, plaidait lors de la Nuit des Musées : une grande rue de Saint-Denis devrait porter son nom pour reconnaître à sa juste valeur, sa vie haute en couleurs, comme ces tableaux qu'il a réussi à promouvoir.


Matthieu Damian

Par DAMIAN974 - Publié dans : Arts et Théâtre
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Samedi 7 juillet 2007 6 07 /07 /Juil /2007 06:41
 

Défendre la liberté d'expression, mais pas n'importe comment


Jean-Yves Camus, chercheur associé à l'IRIS, propose trois principes à respecter dans la critique éventuelle de l'Islam, mais aussi des autres religions. Tout d'abord, il faut que les musulmans de France admettent que « la laïcité n'est pas négociable et que le droit à la critique des religions en fait partie. » De-là découle selon lui le fait qu'il faille « lutter sans relâche contre la petite minorité d'islamistes qui entend imposer sa vision du Coran et qui légitime l'utilisation de la violence amenant certains radicaux jusqu'au meurtre ou aux menaces de mort. » Enfin, il préconise de « cesser de gérer l'islam comme une religion de protectorat réservée à des mineurs juridiques, ce qui impose de bien prendre conscience que les musulmans de France sont pour beaucoup citoyens, que leurs enfants le seront en plus grand nombre encore et qu'ils sont ici pour rester parce qu'ils sont ici chez eux, pas plus que quiconque, mais pas moins non plus. » Michel Tubiana, le vice-président de la Fédération internationale des droits de l'homme » ajoute un autre principe : « la seule limite à la liberté d'expression est le respect d'autrui ce qui fonde par exemple, la procédure en matière de diffamation prévue par la loi de 1881 en France ou l'incrimination internationale du racisme ».

Jean Baubérot évoque le cas de Noam Chomsky, qui est peut-être la figure intellectuelle actuelle la plus connue au monde. Ce dernier a pris de nombreuses positions courageuses. Néanmoins, il a également défendu le droit à l'expression de Robert Faurisson, un auteur qui nie la réalité de l'holocauste. Jean Baubérot s'indigne qu'un penseur de cette envergure ait protégé un « travail scientifiquement nul, élevé à la triste dignité d'oeuvre maudite et auquel les médias de masse donnent une notoriété sociale. La pseudo-thèse de Robert Faurisson, et la fait que son auteur soit devenu connu, constituent une injure profonde faite à tous les auteurs d'excellentes thèses dont personne n'a jamais entendu parler, précisément parce qu'il s'agit de travaux sérieux et non de contrevérités. »


Une meilleure connaissance de l'islam est impérative !


De nombreux auteurs de la revue insistent sur la nécessité de mieux connaître l'islam avant de se permettre de le critiquer aussi abruptement. Paul et Anaïs Draszen, consultants, écrivent que ceux qui mettent en évidence les passages du Coran qui contiendraient de la violence ou de l'intolérance, omettent de dire qu'il en va de même pour la Bible. De son côté, Théo Klein, ancien président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), de 1983 à 1989, est tout à fait d'accord pour que l'on puisse critiquer l'islam « en rappelant d'ailleurs que chacune des trois religions monothéistes implique la critique et le refus des deux autres. J'ajouterai cependant que la connaissance doit précéder la critique, l'intelligence la construire, et le respect de l'autre l'accompagner dans son expression. » Conscient du problème que la religion est incarnée par des hommes, il écrit : « C'est au niveau de la connaissance que se situe vraisemblablement la difficulté majeure. En effet, la représentation que le croyant, le fidèle, parfois même le prêtre, offrent de leur religion, peut en donner une image fausse ; leur comportement n'est pas toujours à l'image de leurs principes, ni même de l'enseignement dont ils se prétendent porteurs. »


Réduire la possibilité de conflits


François-Bernard Huyghe, chercheur associé à l'IRIS, appelle à la « déconstruction des mécanismes mentaux « victimaires ». Il constate également que les mécanismes de résolution des conflits dans les cas de querelles religieuses ne sont pas encore assez développés. Néanmoins, il n'en dit pas plus sur l'institution qui sera chargée d'apaiser d'éventuelles tensions. De son côté Michel Tubiana propose au-delà du conflit possible entre deux cultures qui ne se comprennent pas ou deux points de vue neutres mais qui ne s'intéressent pas l'un à l'autre, une troisième possibilité qui « passe par l'analyse critique de toutes les sociétés et du désordre international qui règne. Elle implique, surtout, que chacun reconnaisse à l'autre le droit de construire ses propres voies d'accès à un socle commun dont le contenu est connu. Il reste encore à le mettre en oeuvre. » En ce qui concerne l'archevêque de Paris, André Vingt-Trois, il appelle les hommes de religion mais aussi les auteurs satiriques et leurs diffuseurs à la responsabilité. Les premiers doivent « aider leurs compagnons de foi à ne pas exagérer la portée d'une satire, à accepter l'exagération et l'enflure qui caractérisent ce genre d'expression ». Lorsque le conflit est ouvert, il propose que la « régulation de la liberté d'expression ne [puisse] venir que de l'application des lois, c'est-à-dire de l'intervention du juge ». Enfin, au niveau de la prévention, il met l'accent sur l'éducation. Selon lui, « chacun doit pouvoir connaître le fait religieux autrement que comme un fait archaïque. Ce devrait être une des marques d'une société évoluée que de former chacun de ses membres à prendre au sérieux sa croyance ou sa non-croyance, la croyance ou la non-croyance des autres. Cela suppose des efforts de connaissance mutuelle et l'apprentissage du respect. En ce domaine, nous avons encore beaucoup de progrès à faire pour passer d'une laïcité de la négation du fait religieux à une laïcité de la connaissance et du respect. »


Des critiques


Dans le propos introductif aux quinze articles consacrés à ce sujet, Pascal Boniface répond immédiatement à la critique que l'on pourrait formuler en lisant le nom des auteurs, par ces mots : « Le lecteur pourra trouver que curieusement ce dossier manque de signatures d'intellectuels ou de responsables musulmans. Nous en avons pourtant contacté plus d'une demi-douzaine qui tous, pour des raisons diverses, ont décliné notre invitation. »

On aurait apprécié de lire des intellectuels étrangers évoquer la situation dans leur pays. L'Angleterre, qui a développé un modèle plus « communautariste » qu' « assimilationniste » (ce qui constitue le cas français) aurait constitué un exemple intéressant. Les débats qui secouent l'Allemagne qui a longtemps revendiqué « ne pas être un pays d'intégration » auraient également pu faire l'objet d'une présentation. Au-delà de l'approche comparatiste, un rappel historique aurait également été possible sur l'Espagne d'Al-Andalus ou même les difficultés de faire vivre deux religions proches dans un même pays (catholicisme et protestantisme). Un des seuls articles qui nous ait semblé manqué sa cible est celui de Vincent Geisser, chargé de recherche à l'IRIS, consacré aux « nouveaux dissidents de l'islam ». Il ne fait que critiquer certaines voix qui s'élèvent, au niveau musulman, sur leur propre religion. Nous contestons surtout le fond même de l'article. Alors qu'il y avait matière à présenter quelques intellectuels musulmans critiques aussi bien sur un certain islam que sur « une certaine histoire de la France » tel Mohammed Arkoun, l'auteur s'est attaché à ne faire que démolir un certain nombre d'auteurs. Ce procédé ne nous apprend rien sur ceux qui font avancer la réflexion.

Néanmoins, cette lecture est à recommander vivement pour les éclairages si souvent pertinents qu'elle apporte sur une question ô combien d'actualité.


Matthieu Damian

Par DAMIAN974 - Publié dans : choosepeace
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Vendredi 6 juillet 2007 5 06 /07 /Juil /2007 06:38


Pascal Boniface, le directeur de l'Institut des Relations Internationales Stratégiques (IRIS) avait déjà défrayé la chronique, il y a trois ans, en publiant un ouvrage intitulé Est-il permis de critiquer Israël ? Le dernier numéro de la Revue Internationale Stratégique, publication trimestrielle de son institut de recherches vient de sortir un numéro sous sa direction dont le titre est : « Est-il permis de critiquer l'Islam ? ». En toile de fond, cet article revient notamment sur trois polémiques récentes. La première est liée au discours de Ratisbonne du Pape, le 12 septembre 2006. Le représentant des catholiques avait alors rapporté les propos d'un de ses prédécesseurs, en 1391, à Manuel II Paléologue, un prince byzantin : « montre-moi donc ce que Mahomet a apporté de neuf. Tu ne trouveras que des choses mauvaises et inhumaines comme le droit de défendre par le glaive la foi qu'il prêchait ». Cinq jours plus tard, le pape avait souligné que cette citation ne reflétait pas ses propres pensées. La seconde concerne les caricatures sur Mahomet qui ont été publiées le 30 septembre 2005 dans le quotidien danois Jytten-Post. Suite à cette parution, de nombreuses émeutes et manifestations ont lieu dans le monde entier de la part de fidèles musulmans. La dernière est celle de l'affaire Robert Redeker. Ce dernier est un intellectuel français, contributeur régulier aux Temps modernes, la revue fondée par Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir. Le 19 septembre 2006, il avait publié dans Le Figaro, un article au vitriol sur l'islam.


Un climat intellectuel de débat sur l'islam ?


Autant de nombreux écrits de référence sont régulièrement versés à la discussion sur cette religion, autant il existe de nombreux intellectuels français qui se complaisent dans une critique essentialiste de l'Islam, c'est-à-dire qui l'attaquent sur son essence même. On peut en citer quelques-uns : les écrivains Michel Houellebecq et Maurice G. Dantec, Claude Imbert, le rédacteur en chef du Point, le psychanalyste Patrick Declerck et la journaliste italienne Oriana Fallaci, dont l'ouvrage La Rage et l'Orgueil a bénéficié d'un grand succès en France. Ces auteurs sont particulièrement dérangeants parce qu'ils ont tendance à prendre la partie pour le tout. S'il y a des islamistes qu'il faut combattre de façon républicaine, ils ne sont pas représentatifs de l'immense majorité des musulmans de par le monde.

En ce sens, on ne peut que regretter que Robert Redeker se soit laissé aller à considérer que tout musulman porte en lui certaines caractéristiques violentes. Dans le numéro de la présente revue, Michel Taubmann, le rédacteur en chef de la revue Le Meilleur des mondes, défend pour sa part Robert Redeker et regrette que le corps enseignant se soit aussi peu mobilisé pour le défendre. Il stigmatise également qu'une certaine gauche ait autant défendu Cesare Battisti et ait complètement « oublié » Redeker. Cependant, si Michel Taubmann a raison de défendre ce dernier sur le côté inacceptable des menaces de mort qu'il a reçues suite à la parution de son article, il ne revient pas assez sur la responsabilité de l'intellectuel. C'est précisément ce point que met en avant Pierre Tevanian, qui co-anime le collectif « Les mots sont importants ».


Le risque du « deux poids, deux mesures »


Pascal Boniface évoque dans son article la réaction d'Amr Moussa, suite aux caricatures contre Mahomet : « Qu'en est-il de la liberté d'expression quand il est question d'antisémitisme ? Il s'agit alors d'un crime. Mais quand l'Islam est insulté, certaines puissances mettent en avant la liberté d'expression. » Le directeur de l'IRIS met également en parallèle, la différence de réaction entre les menaces de mort reçues par Robert Redeker et celles que Raphaël Schoemann avait adressées à de nombreuses propalestiniennes. Si on a beaucoup parlé du premier, le second cas a été nettement moins médiatisé.


Un traitement manichéen de l'information


Jean Baubérot, professeur à l'Ecole pratique des hautes études, revient sur la façon dont sont traités certains sujets à la télévision. Les journalistes qui l'ont maintes fois contacté pour qu'il s'exprime sur des sujets connexes à l'islam tel que les « affaires de foulard » ont souhaité savoir s'il était « pour » ou « contre ». Se trouver dans 'entre-deux était apparemment impossible. Il regrette également que « Cette pratique (demander aux invités potentiels ce qu'ils vont dire, et les choisir en fonction de cela) tend à réduire le pluralisme à un dualisme sommaire. Elle s'est peu à peu imposée depuis une vingtaine d'années environ. Auparavant (...) les journalistes de télévision considéraient le plus souvent qu'ils avaient pour mission de rendre accessibles différents points de vue et analyses de spécialistes. » Il poursuit plus loin par ces mots : « Je souhaiterais qu'une étude un peu systématique compare ce que l'on appelle des « débats de société » sur les chaînes de télévision généralistes, celles qui dominent dans la construction sociale de l'opinion, dans les années 1960 et 1970 et aujourd'hui. La construction de ces émissions n'est plus la même. Maintenant, l'animateur (c'est le terme qui convient) a préparé son émision comme une pièce de théâtre, un « show » dont il est l'auteur. » Dans le même ordre d'idées, il regrette que les temps de parole des personnes invitées se soit réduit comme peau de chagrin. Il devient dès lors impossible de développer une argumentation.


Islam comme soumission ?


La traduction du mot islam, en français, signifie « soumission ». Pour autant, les deux autres religions dites du livre que sont le christianisme et le judaïsme ont également développé un respect identique de leur dieu. Cette question est abordée dans la revue. Autant le dire, nous regrettons àce sujet que l'article de Jean Daniel n'ait pas été plus développé. En effet, le fondateur du Nouvel Observateur écrit : « La difficulté dont tous les dissidents, de Salman Rushdie à Taslima Nasreen, ont été les victimes, vient de ce qu'ils ne sont pas considérés comme des individus, dont les propos ne remettraient pas en cause l'ensemble de la collectivité. En efet, la conception d'un individu autonome n'est pas encore née en islam comme l'ont bien montré d'une part Mohamed Charfi, et surtout les deux auteurs qui écrivent sous une signature unique, Mahmoud Hussein. Cette immense religion ne doit sa capacité de dévotion, de rassemblement, de fusion communautaire, de convivialité fraternelle et de consensus mystique que par l'inexistence de l'individu. Or, contrairement à ce qu'a dit Saint-Just, ce n'est pas le bonheur qui est une idée nouvelle en Europe, c'est l'individu ! C'est la capacité de penser par soi-même, et c'est l'acceptation de se savoir nu, sans repères et sans références avec aucune autre arme que la raison pour décider à chaque instant de son destin. A vrai dire, cet idéal d'autonomie prométhéen exige un combat quotidien. »

Il aurait été très intéressant de livrer une réflexion plus longue que celle de Paul et Anaïs Draszen prolongeant ce point. De manière comparatiste, il aurait pu être pertinent de demander à Marcel Gauchet de rappeler qu'une telle querelle se situe dans un pays largement déchristianisé, très laïque. Ce dernier a notamment montré comment le christianisme était la religion qui avait permis la sortie de la religion ! Qu'en est-il de l'islam ? Un article de Mohammed Arkoun aurait été vraiment intéressant.


Matthieu Damian

Par DAMIAN974 - Publié dans : choosepeace
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Jeudi 5 juillet 2007 4 05 /07 /Juil /2007 06:35

A l'occasion du colloque intitulé « La santé mentale au travail : repérer, comprendre, anticiper », organisé le 14 juin à Paris par Psya, une entreprise qui travaille à la prévention et à la gestion des risques psychosociaux, il nous a semblé pertinent d'évoquer ce sujet. Pour ce faire, la docteure Masdieu, d'Intermetra, un cabinet de médecins du travail de la Réunion situé à Saint-Denis, a bien voulu répondre à nos questions.


Que fait Intermetra ?

Il s'agit du Service de Santé au Travail qui effectue le suivi des salariés des entreprise adhérentes. Le Médecin du Travail vérifie que le poste de travail du salarié ne peut pas entraîner d’altération de la santé de ce dernier. Adhérer à un service de Médecine du Travail est une obligation pour l’employeur.


Pourriez-vous nous rappeler éventuellement quelques règles de droit concernant la santé mentale au travail ?

Je citerai deux articles du Code du travail. Le premier est l'article 230-2 qui stipule : « le chef d’entreprise prend les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé (L n°2002-73 du 17 janv. 2002, art173) « physique et mentale » des travailleurs de l’établissement, y compris

les travailleurs temporaires. Ces mesures comprennent des actions de prévention des risques professionnels, d’information et de formation ainsi que la mise en place d’une organisation et de moyens adaptés…. » Le second est l'article 422-1-1 selon lequel : «  si un délégué du personnel constate...qu'il existe une atteinte aux droits des personnes, « à leur santé physique et mentale », il en saisit immédiatement l'employeur. » ... « l'employeur ou son représentant est tenu de procéder sans délai à une enquête avec le délégué et de prendre les dispositions nécessaires pour remédier à cette situation. »


Pourriez-vous nous décrire le public que vous rencontrez ? S'agit-il plutôt de cadres, d'ouvriers ou d'employés ? De femmes ou d'hommes ? Viennent-ils plutôt pour leurs conditions de travail ou pour leurs relations avec leur employeur ?

J’effectue le suivi d’un secteur comprenant surtout des entreprises plutôt d’activité tertiaire (banque, assurances, commerces, …). Je vois les salariés en visite obligatoire (embauches, périodiques, reprise après arrêt maladie) ou en visites à leur demande ou à la demande de leur employeur.

Dans les visites à la demande du salarié les motifs sont variés : problème de santé nouveau et besoin d’adapter le poste de travail ; demande d’information ; souffrance au travail. Je vois autant d’hommes que de femmes, de tous âges et toutes catégories sociales confondues.


Pourriez-vous nous définir ce qu'est le harcèlement moral ?

Selon la loi du 4 juillet 2003, la définition du harcèlement moral est la suivante : « le harcèlement moral est formé d'agissements répétés entraînant une dégradation des conditions de travail, une atteinte à la dignité ou à la santé mentale ou physique de la personne, ou portant atteinte aux droits et à la carrière professionnelle du sujet ». De ce fait, l'article 122-49 du code du travail du travail : « aucun salarié ne doit subir des agissements répétés de harcèlement moral (...) ». A l'article 122-50, on trouve « est passible d'une sanction disciplinaire tout salarié ayant procédé aux agissements définis en art122-49 ». Plus loin, à l'article 122-52, on lira aussi : « en cas de litige relatif à l'application des articles 122-46 et 122-49, dès lors que le salarié concerné établit des faits qui permettent de présumer de l'existence d'un harcèlement, il incombe à la partie défenderesse, au vu de ces éléments, de prouver que ces agissements ne sont pas constitutifs d'un tel harcèlement et que sa décision est justifiée par des éléments subjectifs étrangers à tout harcèlement. » La Cour de Cassation, dans son arrêt du 21 juin 2006, a jugé l'employeur responsable de « plein droit » du harcèlement commis par l'un de ses salariés.


Est-ce un problème fréquent ?

En 8 ans d’exercice à la Réunion , ce n'est pas fréquent et heureusement même si c'est un problème réel. Souvent les salariés se sentent mal, disent : « Docteur, je suis harcelé ». Mais, en fait, c’est une souffrance au travail liée à une altération des conditions de travail (manque de personnel, intensification du rythme et des objectifs, changement de technique etc…).


Comment expliquez-vous que, selon un rapport de l'OMS, la France occupe la troisième place du podium des pays où les dépressions liées au travail sont les plus nombreuses après l'Ukraine et les Etats-Unis ?

Je ne connais pas le contenu du rapport et ne peux vous répondre, désolée. Au plan social, plusieurs facteurs doivent jouer pour nous. Tout d'abord, la notion de famille prévaut sur celle du groupe, celle-ci étant plus répandue dans les pays africains. On est responsable seul de la famille. Puis, il faut citer l'éclatement des familles chez nous et, de ce fait, d'un moindre en cas de problème. Troisièmement, on peut avancer que la religion est moins vécue dans nos sociétés. Or, celle-ci constitue un facteur protecteur par rapport au stress : elle permet aux personnes d’avoir une écoute, un cadre et de se sentir appartenir à un groupe. Ce ne sont ici que des pistes, un sociologue pourrait mieux vous répondre.


Quels liens entre comportements addictifs et travail et quelles conséquences ?

En cas de stress dépassé, quand le sujet n’arrive plus à faire face, on observe une augmentation des comportements addictifs pour lutter contre ce stress. Dans le secteur dont je m'occupe, je remarque surtout de tels comportements avec le tabac et l'alcool, des médicaments psychotropes, et enfin le zamal. Cette consommation a des conséquences que sont les risques pour la santé de l’individu, la perte d’efficience professionnelle, l'augmentation du risque d’accident du travail etc…


Jean-Pierre Brun, titulaire de la Chaire en gestion de la santé et de la sécurité au travail à l'université de Laval au Québec, écrit : « Le manque de reconnaissance entraîne quatre fois plus de risque de vivre une détresse psychologique élevée au travail. » Est-ce que les DRH sont conscients qu'ils ont un effort à fournir au niveau de la considération de leur personnel ?

Certains oui, d’autres non. Certains DRH sont eux-mêmes en difficulté car ils ne sont pas formés. Ils peuvent être conscients de leur rôle mais avoir un employeur qui ne leur donne pas les moyens.


De façon plus large, comment anticiper le stress dans une entreprise ?

Premièrement, il s'agit de former et d'informer TOUT l'organigramme de l'entreprise. Puis, il faut réintroduire de l'humain. Cela passe par l'acceptation du fait qu'un humain ne sera pas toujours à 100% de ses capacités 24h/24. Il faut également redonner de la place au dialogue : deux salariés communiquent souvent par mèl alors qu'ils sont dans des bureaux côté à côte. Enfin, permettre aux salariés de faire des pauses est nécessaire. Ces temps-là ont disparu pour beaucoup avec le passage aux trente-cinq heures car la charge de travail est restée la même voire s'est accrue et le nombre de salariés n'a pas toujours réellement augmenté.


Propos recueillis par Matthieu Damian





Par DAMIAN974 - Publié dans : Santé et médecine
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Mercredi 4 juillet 2007 3 04 /07 /Juil /2007 06:11
S'il est bien un livre à conseiller, actuellement, au citoyen désireux d'en savoir plus sur les énergies renouvelables, c'est bien L'autonomie énergétique. Une nouvelle politique pour les énergies renouvelables, paru aux éditions Actes Sud. Il faut dire que l'auteur est loin d'être un inconnu. En effet, il est député de la SPD (l'équivalent français du parti socialiste) à Berlin, président d'Eurosolar et Conseil mondial pour les Energies Renouvelables (Word Council for Renewable Energy). Il a également été couronné du Prix Nobel alternatif et le magazine Time l'a désigné comme l'un des « cinq héros du siècle vert », en 2002. Récemment, il a publié un article dans Le Monde diplomatique intitulé « Plaidoyer pour les énergies renouvelables ».


Un constat qui s'attaque non seulement au pétrole, mais aussi au nucléaire


Hermann Scheer sait parfaitement établir la réalité de notre impasse actuelle en matière de consommation mondiale d'énergies fossiles. Il rappelle que, de 1990 à 2005, celle-ci a augmenté de 50%. En outre, l'auteur critique avec véhémence les subventions accordées à l'industrie pétrolière ainsi qu'à l'énergie nucléaire : « Les dépenses de recherche et de développement que les pays de l'OCDE ont consacrées aux énergies renouvelables suffisent à le montrer : depuis trois décennies, elles représentent environ 8% des fonds mis à la disposition de la recherche sur l'énergie. Dans les pays de l'OCDE, les moyens mis à la disposition de la recherche nucléaire s'élevaient en revanche à 51% de ces fonds. » (p48). Une partie de cet argent a servi à financer une agence européenne de l'énergie atomique, Euratom. C'est pourquoi, il souhaite qu'une telle agence voit le jour au même niveau en ce qui concerne les énergies renouvelables. Il critique à de nombreuses reprises la Commission européenne pour son manque de volontarisme à cet égard. Il déplore également les sommes investies dans le réacteur à fusion nucléaire, dont la rentabilité est loin d'être avérée.

En France, l'énergie nucléaire est nettement moins attaquée qu'en Allemagne. C'est pourquoi, cette analyse a plus mis l'accent sur les critiques que l'auteur porte à ce domaine plutôt qu'à celles concernant les hydrocarbures, même si Hermann Scheer est également très sévère à leur endroit.


Au-delà du constat, une défense énergique des énergies renouvelables


Le député du SPD se prononce vigoureusement en faveur des énergies renouvelables et il montre régulièrement que celles-ci sont viables économiquement. Il cite alors l'exemple de son pays : « Depuis sa loi sur la priorité aux énergies renouvelables, en vigueur depuis 2000, l'Allemagne connaît aujourd'hui [le livre est sorti en 2005 en allemand] le plus grand taux de croissance au monde dans le domaine de la production alternative d'électricité (...). » (p16).

De façon pertinente, il prouve que la consommation commerciale annuelle d'électricité dans le monde pourrait être couverte par les énergies renouvelables. Prenant les chiffres de 2001, il indique : « Pour fournir cette quantité d'électricité par la seule énergie éolienne, si l'on se fonde sur des installations d'une capacité de 2,5 MW qui produisent, dans des conditions de vent moyennes 6 millions de kW/h par an, il faudrait installer sur la planète 2,5 millions d'éoliennes. Pour produire la même quantité d'énergie avec des installations photovoltaïques, si l'on se fonde sur un rendement de 75kW/h par mètre carré de capteurs solaires et par an, ce qui est une valeur relativement faible dans les conditions d'ensoleillement du centre de l'Europe, il faudrait installer dans le monde quelque 210000 kilomètres carrés de cellules solaires. C'est beaucoup moins que la surface couverte de toits dans l'Union européenne dans laquelle on pourrait intégrer des cellules solaires sous des formes diverses. » (p73) Et il poursuit cette démonstration avec le biocarburant et cite le recours possible à l'énergie des vagues et des marées, ainsi que l'énergie géothermique pour compléter cet apport s'il le fallait. Certes, il raisonne à coût constant alors que la pénurie de matières premières pour la construction de panneaux photovoltaïques pourrait amener à une hausse des prix. Cependant, l'inverse pourrait être vrai : si le prix du matériau augmente, le coût d'installation pourrait, lui diminuer.

Il argumente également en soulignant que l'installation d'énergies renouvelables est souvent beaucoup plus aisée et rapide que les grandes centrales électriques. En ce sens, il plaide pour que de tels systèmes soient plus développés dans les pays en développement. Revenant sur le problème central du stockage de l'énergie, il met en évidence que les recherches sur ce point avancent. Certains territoires sont ainsi en train de passer à la phase opérationnelle.


Les énergies renouvelables nécessitent une autre façon de penser


Devant l'inertie des conférences mondiales sur le climat (p163), mais aussi des grandes entreprises (p112), il appelle à « reconquérir le pouvoir sur ceux qui ont le pouvoir », reprenant ainsi le mot de Lothar Schäfer (p177). Pour cela, la « décentralisation politique doit remplacer les institutions internationales et « l'harmonisation du marché ». En outre, « mieux vaut stimuler les investissuements autonomes plutôt que de miser sur les plans d'investissement préparés par les Etats et le secteur traditionnel de l'énergie. » (p181).

N'hésitant pas à recourir plusieurs fois à l'histoire ou à la philosophie, il argumente, de façon brillante : « La liberté individuelle doit être protégée contre le collectif, et le collectif doit être protégé contre des libertés individuelles démesurées. La liberté individuelle est certes un besoin élémentaire de l'être humain, mais le « bien commun » en est un autre : la Good Society, pour reprendre le titre du livre dirigé par le sociologue californien Robert N. Bellah. Ce sont ces exigences-là qui donnent aux énergies renouvelables une légitimité exceptionnelle. Elles ne satisfont pas uniquement les besoins matériels, mais permettent aussi d'utiliser individuellement l'énergie en toute liberté, sans nuire globalement aux autres, ni à la société. L'utilisation des énergies renouvelables permet d'harmoniser liberté individuelle et service du bien commun. » (p225).


Un avantage stratégique pour réduire sa facture énergétique


L'auteur indique quelques avantages des énergies renouvelables : «Elles sont disponibles localement, ce qui permet d'économiser les devises et d'améliorer la balance des paiements en évitant des importations d'énergie ; Elles remplacent des dépenses commerciales liées aux combustibles par une énergie primaire gratuite. (...) ; Elles permettent d'éviter des frais d'infrastructure, en produisant de l'énergie utilisée dans la même région ; La construction solaire et l'utilisation de la biomasse peuvent aider l'artisanat et l'agriculture, ce qui permettra une stabilisation durable des PME et par conséquent celle de la structure économique régionale. (...) ; On évitera les coûts écologiques secondaires, entre autres en réduisant les dépenses de santé ou les dépenses liées à la prévention et à l'indemnisation des catastrophes ; On évitera les dépenses liées aux exigences de la sécurité internationale. » (pp.107-8)

Hermann Scheer achève son ouvrage en citant les Maximes du changement d'énergie, qui constituent une véritable feuille de routes pour tout homme politique soucieux de mettre en oeuvre une politique environnementale ambitieuse. M. Borloo, bonne lecture...


Matthieu Damian

Par DAMIAN974 - Publié dans : Réchauffement climatique et développement durable
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Lundi 2 juillet 2007 1 02 /07 /Juil /2007 12:43
Wladimir Kaminer est un bon comique allemand et ses sketchs le prouvent. En revanche, au niveau du livre dont j'ai réalisé un compte-rendu il y a quelques semaines, Küche Totalitär, ce dernier n'arrive pas au niveau de Fellag. Lisez seulement « Comment réussir un bon petit couscous », paru en 2003 aux éditions J.C. Lattès, et vous verrez la différence.

On ne livrera ici que deux extraits :

« Les Maghrébins n'aiment pas qu'on les traite d'Orientaux. Et pour cause ! Les premiers vrais Occidentaux, c'est nous ! En arabe, le mot Maghreb signifie « Occident ». Maghreb, Occident – Maghrébin, Occidental ! Alors que Français ne veut dire que Français. C'est comme ce que vous appelez la danse orientale. Chez nous, on dit la danse du ventre. Géographiquement, c'est vachement plus précis. » (p30)

Ou encore : « La tremblante du mouton gagne en intensité à mesure qu'on approche de l'Aïd-el-Kébir. Et, pour la dernière fois, je dis aux Français : arrêtez d'appeler cette commémoration rituelle du sacrifice d'Abraham « fête du mouton ». C'est la fête des Musulmans ! Le mouton, lui, n'est pas à la fête ! » (p31).

Si un lecteur pouvait d'ailleurs m'indiquer où trouver un endroit, à la Réunion, où manger un authentique couscous. Je lui en saurais gré, tant ce livre m'a fait repenser avec gourmandise à ce plat.

Par DAMIAN974 - Publié dans : L'arrêt public des livres
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Dimanche 1 juillet 2007 7 01 /07 /Juil /2007 10:37
Une nouvelle présentation d'un ouvrage allemand. Pour les non germanophones, rassurez-vous, je n'en ai malheureusement plus beaucoup dans ma besace.

Ce livre n'appartient pas à la grande littérature. Néanmoins, on passe un bon moment en le lisant. Le narrateur, un allemand de Düsseldorf, raconte comment il s'est intégré dans sa belle-famille originaire, pour son beau-père, du Sud de l'Italie, à Campobasso. De nombreuses histoires savoureuses sont livrées. Des passages sont également plus profonds. On mentionnera notamment ceux concernant la vie de son beau-père. Ce dernier a décidé de rester en Allemagne depuis qu'il a quitté sa famille aux alentours de vingt ans. Il n'y revient que pour les vacances. Les thèmes de la difficulté à émigrer sont traités, mais également ceux du retour au pays, des relations avec la famille restée sur place, etc.

Le titre du livre relate la récurrence d'événements où le narrateur doit, chez la tante de sa femme, après avoir mangé plusieurs fois de tel ou tel plat, accepter une nouvelle part. Là, alors qu'il n'en peut plus, ce refus est pris ainsi : « ça ne lui plaît pas » (Ihm schmeckt es nicht). C'est toujours bien amené et on sent beaucoup de vécu. Bref, à lire pendant l'été.

Par DAMIAN974 - Publié dans : L'arrêt public des livres
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Samedi 30 juin 2007 6 30 /06 /Juin /2007 06:01

Sommaire de la dernière édition

Paru dans l'édition du 29 juin 2007


Robert Bell a publié récemment un livre intitulé “La bulle verte. La ruée vers l’or des Energies renouvelables”, aux éditions Scali. Il y livre une analyse intéressante sur la pénurie de pétrole et les coûts exorbitants, ignorés des consommateurs.

UN des grands thèmes de cet ouvrage consiste à montrer que l’augmentation des investissements dans les énergies renouvelables culminera dans quelques années. Selon l’auteur, les investissements seront déconnectés de leur valeur réelle : il s’agira donc d’une énorme bulle boursière, comparable à celle qui a explosé, en 2000, dans le secteur d’Internet. Néanmoins, cet aspect du livre est assez décevant puisque l’auteur est peu convaincant dans son argumentation. C’est pourquoi, cette note est consacrée au diagnostic sur la fin du pétrole et sur les éléments concernant les énergies renouvelables avancés par l’auteur, Président du Département des sciences économiques de Brooklyn College à New York.

La fin rapide du pétrole

Selon l’auteur : « Le changement risque d’être brutal car quatre problèmes surgissent au même moment : le pic pétrolier, les ruptures de stock, l’augmentation de la demande et le réchauffement de la planète. Tout cela ne mène qu’à une seule et même conséquence : la fin rapide de l’ère du pétrole. » (p15). L’essayiste est tout à fait pertinent en rappelant à quel point le pétrole est plus cher que le prix du baril. En effet, au-delà du prix du pétrole en tant que tel, Robert Bell souligne qu’il faut ajouter toutes les baisses d’impôt dont bénéficient les compagnies pétrolières qui constituent autant d’argent qui n’alimente pas les caisses de l’État. Or, selon le principe pollueur-payeur, ces dernières devraient payer pour le rejet de gaz carbonique qu’elles provoquent. À cet égard, l’auteur met en évidence que des collectivités commencent à attaquer des gros émetteurs de pollution pour leur rôle dans l’apparition fréquente de catastrophes naturelles. Il indique qu’à l’avenir, « les compagnies d’assurance pourraient rejoindre ou intenter un procès contre un gros émetteur de CO2, afin de récupérer l’argent perdu en dédommageant un client ayant contribué au réchauffement. » (pp.42-43).

Intérêt des entreprises : faire monter les prix

Il critique également les grandes entreprises pétrolières qui, au lieu d’investir dans de nouveaux forages pour baisser le prix du pétrole, rachètent leurs propres actions afin de faire monter leur prix et ainsi augmenter le dividende pour l’actionnaire.
Enfin, Robert Bell stigmatise le prix militaire que représente le pétrole. Pour assurer les approvisionnements, les États-Unis se sont impliqués dans la guerre en Irak. Actuellement, ils ne peuvent en sortir, à moins de laisser l’Iran occuper une place très importante dans ce pays. Au Nigeria, il faut payer la sécurité des travailleurs. En Arabie Saoudite, on paie un pétrole qui finance un pays antidémocratique dont l’argent alimente des groupes qui ne favorisent pas la paix, etc. En gros, l’auteur montre donc les externalités du coût de l’or noir. Si le contribuable connaissait non seulement son prix à la pompe, mais également ce qu’il paie comme impôt pour assurer la pollution et la sécurité de son approvisionnement, il se rendrait compte qu’il faut absolument se tourner vers d’autres sources d’énergie. Ce coût est tellement important que le président Bush lui-même a déclaré, dans son discours de l’État de l’Union, le 31 janvier 2006 : « L’Amérique est accro au pétrole, qui est souvent importé de régions instables du monde. »

Matthieu Damian


La sortie du pétrole

Les lenteurs de la première puissance mondiale

Les grands constructeurs américains de voiture que sont General Motors ou Ford ont largement misé, depuis de nombreuses années, sur les ventes de 4X4, gros consommateurs de carburants. Or, avec la hausse du prix du pétrole et la prise de conscience progressive des dégâts causés à l’environnement par ce liquide, les Américains achètent nettement moins de véhicules de ce type et privilégient notamment Toyota. En effet, cette marque possède la meilleure voiture, et de loin, pour la réduction de gaz à effet de serre, au niveau rapport qualité/prix : la Prius. Selon les mots de l’auteur, celle-ci « peut marcher au tout électrique (ou à l’essence, ou au mélange des deux). C’est ce qu’on appelle un véhicule hybride parallèle » (p64). Cependant, l’auteur stigmatise les nombreux cadeaux fiscaux octroyés par une mesure votée par le Congrès pendant l’été 2005 afin de protéger les marques américaines qui « aurait dû être appelé l’accord anti-Toyota 2005. C’est clairement une subvention à General Motors, Ford et Chrysler qui n’ont vendu pratiquement aucun hybride » (p99).
On remarquera que le documentaire Who killed the electric car ? (Qui a tué la voiture électrique ?) n’est pas cité alors que son propos consiste à montrer comment les lobbies de l’automobile ont délibérément renoncé à des énergies propres au profit du pétrole.
Robert Bell rend compte du changement qui se produit actuellement au sein de la “société civile” américaine concernant le réchauffement climatique. A cet égard, il cite le succès rencontré par le film d’Al Gore intitulé “Une vérité qui dérange”, les actions de certaines associations telles que “Set America Free” ou encore les sermons du Révérend Jim Ball. Néanmoins, l’auteur critique vertement l’administration Bush pour le peu de mesures pro-environnementales. Il dénonce aussi bien la non-ratification du protocole de Kyoto, que les dépenses faibles réalisées dans le secteur de l’éolien ou des voitures hybrides.

M. D.


Les énergies renouvelables

Un secteur qui attire les investisseurs

Robert Bell montre à quel point les investisseurs s’intéressent de plus en plus aux entreprises qui opèrent dans le secteur “vert”. Par exemple, British Petroleum a décidé d’investir beaucoup plus dans les énergies renouvelables depuis 2005. Néanmoins, l’auteur souligne avec raison que les montants consacrés à ce secteur demeurent très faibles en comparaison du chiffre d’affaires total de l’entreprise. Jeff Immelt, le PDG de General Electric, la deuxième entreprise américaine par sa capitalisation boursière, a décrit le marché des énergies renouvelables par ces mots : “vert, c’est vert”, mettant ainsi en évidence que les produits écologiques font gagner de l’argent. Robert Bell montre aussi comment une politique fiscale incitative joue un grand rôle dans le développement de ces firmes. A cet égard, il évoque comment une mesure prise en Allemagne en 2004, a contribué à faire de ce pays le leader mondial dans les cellules photovoltaïques.
Sur les biocarburants, on trouvera l’auteur assez léger. Il passe trop vite (p121) sur la consommation d’énergie que représente la production de ces récoltes. Or, les engrais azotés proviennent du gaz naturel dont le prix a grandement augmenté. Les phosphates utilisés sont issus pour leur part du pétrole. La demande en maïs ou en sucre devrait tirer les prix de ces deux matières à la hausse, défavorisant les pays pauvres. Ce n’est pas pour rien que George Monbiot, l’éditorialiste du “Guardian”, journal anglais réputé, a proposé qu’un moratoire de cinq ans soit réalisé sur les biocarburants. Néanmoins, il cite aussi l’exemple de l’Inde qui souhaite valoriser le jatropha, une plante qui pousse dans des sols peu favorables et sans beaucoup d’entretiens et dont l’huile pourrait diminuer la dépendance de ce “sous-continent” au pétrole.
Au final, cet essai nous en apprend beaucoup, même si on peut regretter les redites, le manque de structure de l’ouvrage ou encore le refus ou l’oubli de présenter des technologies qui sont en cours de développement telles que les hydroliennes ou l’énergie thermique des mers.

M. D.

Par DAMIAN974 - Publié dans : Réchauffement climatique et développement durable
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Vendredi 29 juin 2007 5 29 /06 /Juin /2007 03:16

C'est après un bon café que je viens d'achever la lecture de Vendredi matins écrit par Francky Lauret. C'est une nouvelle très courte. Pour être honnête avec le lecteur, je dois dire que je connais de loin l'auteur réunionnais, qui en est à son troisième ouvrage publié. Une fois cette précision apportée, il me faut souligner le style de l'ouvrage qui témoigne d'une vraie maîtrise de l'écriture. La trame de l'histoire est la suivante : il s'agit d'un travailleur qui se rend au travail. Or, c'est précisément à l'heure, matinale, où il se déplace, qu'un éboulement se produit sur la route qu'il emprunte. Le « héros » se retrouve piègé dans sa voiture, sous un amoncellement de terre et de roches. Il raconte ces heures à essayer de lutter pour sortir de son habitacle. Je n'en dirais pas plus et incite l'internaute à emprunter ce livre à la médiathèque de Saint-Denis (ce que j'ai fait) ou, mieux, à soutenir les éditions Azalées en achetant cet opuscule.

Pour le lecteur non réunionnais, on mentionnera que ces lignes ont été écrites en mars 2006, soit quelques heures après l'éboulement de la Route du Littoral, le 24 de ce même mois. 30000 mètres cube de pierres et de terre s'étaient abattues sur les rares automobilistes qui roulaient alors, de façon très matinale sur cet axe. Deux personnes trouvèrent la mort et la circulation fut bloquée pendant des semaines sur cette route qui joint Saint-Denis et la Possession. Pourtant, à aucun moment dans le livre, il n'est mentionné de repères géographiques laissant penser qu'il s'agit de la Réunion.

Par DAMIAN974 - Publié dans : L'arrêt public des livres
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