Ce livre, paru en 2007 aux éditions Ramsay, a été écrit avec la collaboration de Julien Rebillard, journaliste spécialisé dans l'environnement et le développement durable. Disons-le tout de suite, nous avons apprécié les enseignements de cet ouvrage mais avons regretté sa construction. En effet, les auteurs passent beaucoup trop de temps sur le constat, et pas assez sur les propositions ou sur les énergies renouvelables.
« La maison brûle, nous continuons à regarder ailleurs »
Par ce biais, nous déformons évidemment la célèbre phrase de Jacques Chirac, prononcée lors du Sommet de Johannesburg, en 2002 : « La maison brûle et nous regardons ailleurs ». Les auteurs soulignent en effet que 80% de la production énergétique mondiale est issue des énergies fossiles (pétrole, charbon et gaz naturel). Le reste est composé de l'énergie nucléaire (7%) et des énergies renouvelables (13%). Pour ces dernières, Noël Mamère regrette que ce chiffre soit trop grandement le fait de barrages. En effet, ces derniers provoquent, lors de leur construction, des dommages souvent considérable à l'environnement (p115).
Il met en avant des évidences, mais qu'on a trop tendance à oublier. Il rappelle par exemple que l'effet de serre en lui-même est bénéfique. Sans lui, la température moyenne de la Terre ne serait pas de 15 degrés, mais de moins dix-huit degrés.
Il cite des chiffres, comme ceux des parties par millions des émissions de dioxyde de carbone. Celles-ci s'élevaient à 270 au 18ème siècle, à 310 en 1950 et à 379 en 2005 ! Continuant à exploiter les données fournies en novembre 2006 par l'Organisation Météorologique Mondiale (OMM), il souligne l'augmentation de 0,6 degré durant le 20ème siècle, ce qui en fait le plus chaud du second millénaire.
Un historique des négociations du climat
Il rappelle le cadre général dans lequel celles-ci se sont développées. La première conférence des Nations unies sur l'environnement s'est tenue à Stockholm en 1972. Au cours de ces journées, il est décidé de réunir un sommet mondial sur ce thème tous les dix ans. Le Programme des Nations Unies pour l'Environnement (PNUE) est également créé à cette occasion. Dix ans plus tard, une nouvelle conférence se tient donc à Nairobi. C'est un échec. Selon Noël Mamère, « il faut donc attendre 1992 pour assister à un vrai Sommet de la Terre » (p39) à Rio. Cette conférence définit le développement durable autour d'un triptyque « économie-social-environnement ». Son application doit s'effectuer via le programme « Action 21 ». Enfin, après « la ferveur manifestée à Rio, le sommet de Johannesburg, en 2002, est celui de la soupe à la grimace » (p42).
Le protocole de Kyoto
La première conférence mondiale sur le climat s'est déroulée en 1979 à Genève. Puis, le Groupe Intercontinental sur l'Evolution du Climat est créé en 1988 par le PNUE et l'Organisation Météorologique Mondiale. Son premier rapport est publié en 1990. C'est dans le cadre des conclusions catastrophiques qui sont tirées de ce travail que des négociations débutent et débouchent sur le protocole de Kyoto. Noël Mamère rappelle alors que cet accord, signé en 1997, n'est entré en vigueur qu'en 2005. En effet, ce traité, pour entrer en vigueur, doit être ratifié par au moins 55 pays signataires, représentant au moins 55% des émissions de gaz à effet de serre de la planète. Or, pendant longtems, les Etats-Unis et la Russie s'y opposaient alors qu'à eux seuls, ces deux pays comptent pour 43% de la production de 1990 des gaz à effet de serre. Ce n'est qu'au début 2005 que la Russie a donné son accord sur ce protocole. Il rappelle à cet égard que ce pays « avait tout intérêt à ratifier le protocole, dans la mesure où les niveaux d'émissions de référence pris en compte par Kyoto sont ceux de 1990. Or, depuis cette date, crise économique oblige, de très nombreuses industries russes très pollunautes ont fermé leurs portes. » (p134)
Ce texte « engage les pays l'ayant ratifié à diminuer de 5,2% d'ici à 2012, leurs émissions de gaz à effet de serre par rapport aux niveaux de 1990 » (p45). L'objectif consiste, pour les pays développés, à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre par quatre d'ici à 2050.
Bonnets d'âne
Noël Mamère pointe du doigt quelques mauvais élèves sur ce point : « (...) en janvier 2006, le Canada porte au pouvoir un nouveau gouvernement, dirigé par le conservateur Stephen Harper. Très rapidement, ce dernier annonce que son pays ne pourra pas tenir les engagements du protocole, au motif que, par rapport à l'année de référence (1990), les émissions de gaz à effet de serre ont augmenté de près de 30%. Mais Harper a simplement oublié de préciser que, depuis son élection, son gouvernement a torpillé les actions initiées par l'équipe précédente, en refusant de financer plusieurs programmes de lutte contre le réchauffement climatique. » (p50)
Il met en évidence que la conférence de Nairobi, en novembre 2006 a proposé que les discussions sur « l'après-Kyoto » commencent en 2008, afin que celles-ci débutent avec un nouveau président américain, tant les organisateurs savent Georges W. Bush contre le protocole. Noël Mamère a l'honnêteté de rappeler : « (...) Al Gore n'était pas spécialement connu pour sa foi environnementale ; c'est lui qui, en ouverture de la conférence de Kyoto, avait notamment défendu la politique américaine en faveur de droits d'émission plutôt que d'une réduction des gaz à effet de serre. » (p53)
Il rappelle aussi que John Howard, le premier ministre de l'Australie ne veut pas non plus entendre parler de ce texte.
La France, de bons résultats en trompe-l'oeil
1° Le Nucléaire : explication de la moindre utilisation des hydrocarbures
Le député écrit : « Selon les chiffres de l'ONU, avec en moyenne 6 tonnes de CO2 émises par an et par habitant, les Français se situent seulement au cinquantième rang des contributeurs à l'effet de serre, derrière la plupart des pays occidentaux. Un classement plutôt flatteur qui s'explique par la très forte part d'énergie nucléaire dans la production électrique hexagonale. » (pp. 105-6). Il indique alors : « La France est la plus nucléarisée des puissances occidentales. Son parc de 59 réacteurs la place au deuxième rang mondial derrière les Etats-Unis (104 réacteurs), mais l'Hexagone tire de la fission de l'atome une part bien plus importante de son électricité qu'outre-Atlantique : 78% contre 19%. En matière de dépendance au nucléaire, le France est seulement battue par la Lituanie (...). » (p106). Il critique alors vertement (si je puis dire) le tabou qui pèse sur le nucléaire en France : « Contester le recours à l'atome, c'est presque bafouer la mémoire du général de Gaulle et faire acte de blasphème vis-à-vis des intérêts économiques nationaux. En effet, le groupe français Areva, avec 58000 emplois et une implantation industrielle dans 40 pays, est aujourd'hui le leader mondial de l'énergie nucléaire. » (p107). Il parle évidemment de l'ITER à Cadarache, dans les Bouches-du-Rhône, ce gigantesque projet nucléaire qui engloutira, dans les années à venir, des milliards d'euros, sans que l'on sache s'il est viable économiquement. Il met en évidence les énormes besoins d'eau d'une centrale nucléaire, ce qui a poussé le système à l'absurde lors de la canicule en 2003, puisque EDF a dû arrêter ou diminuer la capacité de certaines de ses centrales, alors même que la demande en électricité était forte pour alimenter les climatiseurs. En élu girondin qu'il est, il remémore également la tempête de 1999 qui a entrainé l'arrêt de la centrale du Blayais, sise dans ce département : « Elle a été coupée du réseau EDF et partiellement inondée, entraînant une alerte de niveau 2 -sachant qu'au niveau 3, on évacue les populations. » (p111). Il rappelle que, selon la législation actuelle, le montant des dommages d'un accident nucléaire serait pris en charge par l'Etat (p119). Or, à la même page (sans citer malheureusement sa source), il souligne que Tchernobyl a coûté la bagatelle de 360 milliards de dollars à l'Ukraine et aux Etats riverains. Enfin, il critique la perpétuation des crédits alloués à une énergie nucléaire qui continue de produire des déchets très toxiques sans que l'on ait de certitude sur leurs capacités de traitement au cours des prochaines années. Selon lui, une telle pratique est « en violation du plus élémentaire principe de précaution, pourtant gravé dans le marbre de la constitution française depuis le vote de la charte de l'environnement en 2005. » (p113).
2° Des efforts ridicules sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre
On l'a écrit, l'objectif sur le long terme consiste, pour les pays développés, à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre par quatre d'ici à 2050 : « C'est sur ces bases qu'a été élaboré en 2004 le Plan climat du gouvernement, pour lequel a été présenté en 2006 le rapport dit « Facteur 4 » (...). » (p123). C'est pourquoi, Noël Mamère déplore : « Après avoir revu ses plans, le gouvernement français a finalement proposé d'établir les quotas d'émissions industrielles pour la période 2008-2012 à 132 millions de tonnes par an... Soit une stabilité par rapport aux émissions de 2005. » (p133).
Plus loins, il raille à nouveau le Plan climat 2004-2012 du gouvernement français qui « propose ainsi aux agglomérations de plus de 100000 habitants de plancher sur un plan climat territorial. C'est oublier un peu vite que, parmi les documents de référence que doivent produire les collectivités figure déjà le Plan d'aménagement et de développement durable, qui s'intéresse largement à ces questions, tout comme le plan de déplacement urbain (...). » (p183) En outre, il critique avec raison les biocarburants : « Cette pression sur le monde agricole devrait d'ailleurs aller croissante : l'actualisation du Plan Climat 2004-2012 prévoit de porter la part des biocarburants de 7% en 2010 à 10% en 2015. De plus, le rendement énergétique étant actuellement faible, le gain en termes de pollution automobile sera lui très limité. C'est ce que démontrait une étude de l'UFC-Que choisir, en janvier 2007, consacrée aux biocarburants (...). » (pp.162-3)
Des initiatives à saluer
Il montre également comment la politique américaine ne doit pas être confondue avec celle de ses collectivités locales. Ainsi cite-il l'initiative du maire démocrate de Seattle, Greg Nickels, qui, en juin 2005, s'est engagé, avec 138 maires venant de trente-sept des cinquante Etats du pays pour appliquer localement le protocole de Kyoto. Il mentionne également l'initiative, prise en décembre 2005, par sept Etats américains de la côte Est de réduire de 10% leurs émissions de gaz à effet de serre d'ici 2019. Enfin, il cite le gouverneur de Californie, Arnold Schwarzenegger, qui, en août 2006, s'est engagé à baisser de 25% les émissions de gaz à effet de serre. Et l'auteur ajoute : « Comme pour souligner le sérieux de cette mesure, le ministère de la Justice californien a porté plainte dans la foulée contre six constructeurs automobiles, pour nuisance publique causée par la production de millions de véhicules générant d'importantes émissions de dioxyde de carbone ». (p55).
D'autres formes de résistance se font entendre. Suite à la décision, prise en 2005 par le président américain d'autoriser les forages pétroliers dans une zone de trois millions d'hectares, les Inuits ont porté plainte devant la commission interaméricaine des droits de l'homme. Ils critiquent cette attaque envers leurs droits fondamentaux. En outre, Noël Mamère cite le cas de l'archipel de Tuvalu, un pays polynésien qui compte neuf atolls. Or, la hausse du niveau des eaux due aux émissions de gaz à effet de serre aurait un effet catastrophique sur cet Etat qui culmine à cinq mètres au-dessus du niveau de la mer. Il y a quelques années, le Premier ministre de Tuvalu « comptait bien établir juridiquement cette responsabilité américaine et australienne en menaçant de lancer une action contre ces deux Etats auprès de la Cour Internationale de Justice de La Haye. » (p71).
Des propositions
Finalement, c'est le grand regret du livre. Les deux auteurs passent beaucoup de temps à critiquer. Parfois, on trouve même qu'ils auraient pu avoir la grandeur de mentionner les rares bonnes mesures mises en place par Jacques Chirac au cours de ses deux mandats dans le secteur de l'environnement. A cet égard, nous ne les suivrons pas en p121 lorsqu'ils critiquent la mesure de juin 2006 sur les tarifs de rachat de l'énergie photovoltaïque par EDF. Evidemment, on pourrait mieux faire, mais au niveau européen, on arrive, grâce à cette décision à être un des pays les plus attractifs. Ils n'évoquent même pas la très forte défiscalisation permise par l'achat de matériels promouvant le développement durable.
Il évoque le site Climat Mundi sans encourager ce genre de démarches par cette phrase lapidaire : « Compenser une tonne de CO2 ou signer une pétition d'accord, changer nos habitudes de consommation, c'est autre chose... » (p204). Et il a cité une entreprise privée, Climat Mundi, alors qu'il aurait pu mentionner Action carbone qui, elle, est une association !
Il a aussi de nombreuses remarques pertinentes. Après avoir critiqué le démarrage effectif de la filière du retraitement des déchets d'équipement électriques et électroniques en novembre 2006 seulement (suite à une directive européenne en ce sens de 2003), Noël Mamère écrit : « Or, le tri de ces déchets, s'il nécessite de la précision est une tâche qui ne demande pas de qualification ou d'expérience préalables. L'effort en faveur de l'environnement se doublerait d'une création d'emplois non délocalisables. Et on ose encore nous dire que l'écologie est incompatible avec la création d'emplois ? » (p155).
Noël Mamère propose : « Il faut passer à une autre étape : le droit d'ingérence climatique. Lorsque les Etats sont inaptes à prendre les mesures nécessaires, l'action internationale doit se substituer à leur incurie et s'imposer à eux. Une charte mondiale de l'environnement doit être définie, qui fixe les règles et contraintes à observer pour parvenir à des résultats significatifs. » (p51. On pourra d'ailleurs indiquer qu'il revient à nouveau sur cette proposition en p102)
Il souligne avec pertinence que la « déclaration finale du Sommet de Rio, en 1992, a affirmé le principe selon lequel la lutte pour la protection de l'environnement devait intégrer la notion de solidarité environnementale. » (p215)
Il met en évidence la pertinence de l'échelon local pour les énergies renouvelables : « (...) l'avenir est à la multiplicité de petites unités de production, soit pour le chauffage du logement (solaire thermique, biomasse, pompes à chaleur) soit pour l'alimentation électrique (photovoltaïque, petit éolien). (p118). Plus loin, il écrit : « L'impulsion ne viendra pas du global, mais du local. » (p166).
Il évoque un peu l' « éco-logement », mais même pas la Haute Qualité Environnementale (HQE), ni le nouveau code des marchés publics (p173). Or, les commandes publiques représentent un montant conséquent des dépenses dans le bâtiment, secteur très énergivore.
Pour une fiscalité verte
Il cite L'avenir climatique. Quel temps ferons-nous ? De Jean-Marc Jancovici, dans lequel ce dernier mentionne qu'une tonne de mangues importée en France, via un avion d'Afrique du Sud, « représente l'émission atmosphérique de 3,2 tonnes d'équivalent carbone, le même poids d'orange importé de Tunisie représente 1,2 tonnes, alors qu'il est de 3 kilos équivalent carbone pour une tonne de pommes vendues sur place par un producteur local ! » (p23). Ce n'est que beaucoup plus loin qu'il propose des solutions de bon sens, qui ne sont pas révolutionnaires, mais qui le deviendraient si un nombre croissant de « consomm'acteur » s'y adonnait : privilégier les produits locaux et de saison. (p165)
Evidemment, il se déclare en faveur d'une « taxe carbone » internationale sur le kérosène, en plus des autres hydrocarbures. Il souhaite « la mise en place d'une fiscalité différenciée qui pénaliserait les produits et les procédés industriels fortement polluants. » (pp149-50) Il se demande alors si de telles entraves au commerce seraient acceptées par l'OMC. Il cite alors les propos de son directeur général, Pascal Lamy : « Il y a le droit, au nom de la protection de l'environnement, d'instituer certains obstacles aux échanges ».(p150). Il souligne également le rôle que l'Union européenne pourrait avoir dans la promotion d'une écotaxe lors des négociations qui reprendront en 2008 pour fixer l'après-Kyoto. Il regrette ensuite que le frêt ferroviaire ne soit pas plus développé au sein de cette zone.
Il tire à vue sur son adversaire socialiste et en profite pour en faire de même avec l'animateur d'Ushaia : « Ainsi Ségolène Royal, qui a signé le « Pacte écologique » de Nicolas Hulot, a proposé dans la foulée plusieurs pistes intéressantes, visant notamment à replacer l'environnement parmi les priorités de l'action internationale et à engager un plan drastique d'économies d'énergie. Mais elle a aussi émis des réserves à l'encontre de la seule mesure intéressante de ce « pacte » : la taxe carbone qui s'appliquerait à l'achat des produits hydrocarbures, notamment l'essence, en plus de la fiscalité existante sur les produits pétroliers. » (pp.158-9)
Il mentionne une initiative intéressante : « (...) l'instauration des « certificats d'énergie », entrés en vigueur à l'été 2006, reste une démarche intéressante, car elle pose le menace d'une sanction financière immédiate, en obligeant les fournisseurs d'énergie (EDF et GDF notamment) à mettre en place des opérations d'économie d'énergie auprès de leurs clients. Chacune de ces actions permet d'établir un « certificat d'énergie » qui mentionne l'énergnie réalisée, sachant que les entreprises concernées ont un quota de certificats à remplir. Si ces quotas ne sont pas atteints au terme de la période impartie (en l'occurrance du 1er juillet 2006 au 30 juin 2009), l'entreprise devra compenser financièrement son déficit de certificats d'énergie. » (pp.160-1)
Noël Mamère connaît-il les énergies renouvelables ?
Evidemment, nous sommes critiques alors que la lecture de cet ouvrage est, une fois encore, recommandée. Néanmoins, comment ne pas regretter que le député girondin attende la page 112 pour mentionner pour la première fois les éoliennes ? En outre, il ne souligne la nécessité de faire de la Maîtrise de l'Energie un effort prioritaire qu'à la page 124. Puis, on regrettera aussi qu'il n'évoque les bienfaits de lois pour l'environnement qu'à la page 156. De la part d'un député, cela surprend pour le moins. Or, en Allemagne, c'est précisément par un texte législatif que l'essor des énergies renouvelables s'est fait.
On ne verra aucune ligne sur l'Energnie Thermique des Mers, les Hydroliennes ou autres technologies en train d'être testées sur ce sujet en de nombreux endroits du monde.
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