Une vision où régulièrement s'invitait des sortes de « mouches », parfois des maux de tête et puis, tout d'un coup, de violentes douleurs aux yeux. Il n'en fallait pas plus pour aller
chez l'ophtalmologiste. C'était il y a quelques semaines. Ce dernier a constaté que ce n'était rien, hormis une grande fatigue des muscles oculaires. Il m'a donc prescrit une douzaine de séances
chez un orthoptiste. Il m'a recommandé de me rendre chez le docteur AW. J'ai suivi ses conseils et je ne m'en plains pas.
En effet, ce dernier a tout d'abord cherché à me connaître, avant de commencer à me prodiguer ses soins. Immédiatement, il a remarqué que j'étais fatigué – un état dû, entre autres, à la faiblesse des muscles des yeux – et stressé. Il a alors entrepris de travailler sur mes énergies. Il m'a enseigné des exercices de relaxation.
Au-delà de cette vision étroite du bien être, il m'a recommandé de ne faire qu'un avec les événements que je pouvais vivre. En bon pédagogue, il a usé de quelques images pour me convaincre. Par exemple, il m'a dit : « Lorsque vous êtes dans la rue, vous ne serrez pas la main à tous les gens que vous croisez, eh bien faites de même avec vos pensées, ne les prenez pas toutes ». Il a aussi insisté sur ce fait : « Lorsque vous regardez un lever de soleil, soyez un avec ce moment et n'essayez pas constamment de réfléchir à ce que vous observez ».
Je n'ai pu m'empêcher de constater qu'entre ce qu'il prodiguait comme soins aux yeux et à l'âme, il existait une correspondance directe. Mes yeux devaient s'appliquer à constamment regarder le point rouge que le docteur me faisait observer. Ils ne devaient pas dévier. Ses recommandations étaient sensiblement les mêmes pour mes pensées. Elles devaient toujours éviter de se disperser, ce qui, pour moi, est une sorte de gageure.
Je dois dire que j'ai beaucoup apprécié ces séances. Je ne sais si, comme me l'a indiqué le docteur, je pratiquerais souvent de tels exercices spirituels. En me citant Chögyam Trungpa, un maître tibétain, il a souligné que le problème en Occident, résidait souvent dans l'accroissement du savoir et non dans le travail sur soi. C'est partiellement vrai. Je lis actuellement une biographie de Calvin qui montre que ce dernier disait exactement la même chose. Dans les faits, il n'en demeure pas moins que les livres les plus vendus par internet sont ceux sur le bien-être et le développement de soi. Cela pourrait démontrer un Occident stressé, fatigué, qui s'oublie dans le travail tout en cherchant, dans ses heures de loisir (et c'est un point important, que de reléguer ce qui est perçu ailleurs comme l'essentiel, dans ses loisirs), à comprendre « à quoi ça sert tout ça » comme le disait Maxime Le Forestier dans une jolie chanson.
Au cours des séances, le docteur m'a expliqué sa posture de vie. Tout d'abord, il y a la discipline. C'est le seul praticien médical que je connaisse qui, en dix séances, ne m'est jamais pris en retard ! Après avoir obtenu ce respect réciproque dans la politesse et dans la ponctualité, il essaie d'être bon avec le patient. Enfin, par-delà bien et mal, il m'a dit vouloir travailler sur les énergies. Il s'agit-là m'a-t-il dit de l'application de la philosophie du « Petit Véhicule », du « Grand Véhicule » et du Vajrayana. Evidemment, il m'a conseillé « Pratique de la voie tibétaine » de Chögyam Trungpa, pour m'introduire à cette réflexion, de façon plus poussée...
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