MANEA Norman, Le retour du hooligan. Une vie, Traduit du roumain par Nicolas Véron. Avec la collaboration d’Odile Serre, Editions du Seuil, Paris, 2006
Alors que l’on vient juste d’attribuer le Prix Nobel de Littérature à Orhan Pamuk, certains réclament, pour les années à venir, que cette récompense soit décernée à Norman Manea. Juif roumain de Bucovine, cet homme a été déporté de 1941 à 1945 dans un camp de Transnistrie, dont il est ressorti à l’âge de neuf ans. Puis, il lui faut rapidement affronter la dictature communiste en Roumanie. Il ne décide de partir de son pays qu’en 1988. Dans son ouvrage, Le retour du hooligan. Une vie., Norman Manea choisit de retracer quelques moments de sa vie et sur sa décision de revenir en Roumanie pour quelques jours.
Tout d’abord, on peut se demander pourquoi cet auteur roumain choisit de s’identifier, lui, l’intellectuel, à un hooligan. Il explicite ce point :
« Hooligan ? Qu’est-ce qu’un hooligan ? Un déraciné, un non-aligné, un marginal ? Un exilé ? Ou la définition qu’en donne le Oxford Dictionnary of the English Language ? « The name of an Irish family in South
Il fait également référence à l’œuvre parue en 1934 « Comment je suis devenu un hooligan » de Mihail Sebastian. Ce dernier, juif, n’hésite pas à se ranger du côté des forces de droite en Roumanie, ouvertement antisémite et qui facilitent l’arrivée au pouvoir des légions de fer emmenées par Ion Antonescu. L’auteur rappelle d’ailleurs les écrits du Conducator de l’Etat romain, le 6 septembre 1941 : « Ce n’est pas un combat contre les esclaves, mais contre les Juifs. C’est une lutte à mort. Ou nous vaincrons et le monde sera purifié, ou ils vaincront et nous deviendrons des esclaves ». (p262).
Sur ce sujet, il livre ce passage :
« Rebeca avait assisté, elle aussi, aux tirades du cousin Ariel sur Sebastian, lequel brandissait l’emblème du hooligan contre tous, y compris ses coreligionnaires qui l’avaient attaqué.
« C’est son droit ! Mais la mort ? Comment pactiser avec la mort ? », s’emportait Ariel. « Du fait qu’il ne veut pas offenser son mentor, le si délicat Sebastian accepte sa préface, c’est-à-dire sa sentence de mort ? Et il répond aux hooligans en poussant la politesse jusqu’à se déclarer hooligan lui-même. De l’ironie ? Grand bien lui fasse ! Mais la Mort… le culte de la Mort ? L’extase de la Mort, le froid et les ténèbres de la mort ? Ce ne sont plus des facéties ! Iosif Hechter Sebastian le sait trop bien. L’ironie, même l’ironie n’opère plus. Le hooligan légionnaire, héros de la Mort, sacralisé par la magie de la Mort ? Monsieur Sebastian l’athée, l’assimilé, ne peut ignorer ce que cela signifie ! »
La tante Rebecca expliquait au tout nouveau communiste de treize ans que j’étais alors : « Nous cultivons la vie, pas la mort ! »La vie proclamée par la Torah, encore et toujours, unique, irremplaçable, inestimable… » (p92).
L’extrait ci-dessus est à rapprocher du fameux passage de Leonardo Sciascia paru dans Heures d’Espagne :
Dans l’université paranymphe, on célèbre la fête de la race. Il y a l’évêque, le gouverneur civil, la femme de Franco. La salle est pleine de militaires et de phalangistes. Le général Millan Astray parle : il qualifie le pays basque et la Catalogne de cancers dans le corps de la nation, que le fascisme saura extirper sans pitié. Du fond de la salle, quelqu’un cria : « viva la muerte ! » D’autres cris s’élevèrent, à la gloire de l’Espagne une, grande et libre. Puis Unanumo parle : « Vous me connaissez tous et vous savez que je ne peux demeurer silencieux. Se taire équivaut parfois à mentir. Le silence peut être interprété comme une approbation. Alors, je veux commenter le discours, si on peut l’appeler ainsi, du général Millan Astray. Oublions l’affront personnel implicite dans sa violente sortie contre les Basques et les Catalans. Personnellement, comme vous le savez fort bien, je suis né à Bilbao. L’évêque, que cela lui plaise ou non est un Catalan de Barcelone. Et maintenant, j’entends un cri nécrophile et insensé : « Vive la mort ! » Moi qui ai passé ma vie à forger des paradoxes qui suscitaient la colère de ceux qui ne les comprenaient pas, je dois vous dire en tant qu’orfèvre en la matière, que ce paradoxe barbare me répugne. Le général Millan Astray est un invalide. Ceci dit sans aucune intention de le diminuer. C’est un invalide de guerre. Cervantès l’était aussi. Mais aujourd’hui, malheureusement, il y trop d’invalides en Espagne. Et il y en aura encore plus bientôt si Dieu ne nous vient pas en aide. L’idée de penser que ce sera le général Millan Astray qui aura la haute main sur la psychologie de masse m’est une douleur. Quand un mutilé n’a pas la grandeur spirituelle de Cervantès, ordinairement, il trouve un soulagement macabre à provoquer des mutilations autour de lui.
Le général l’interrompit en criant : « A bas l’intelligence ! Vive la mort ! » ce qui lui valut une longue et frénétique acclamation. Mais Unanumo ne se tut pas : « Cette université est le temple de l’intelligence et j’en suis le grand prêtre. Vous êtes en train de profaner cette enceinte sacrée. Vous vaincrez parce que vous avez la force vitale. Mais vous ne convaincrez pas. Car, pour convaincre, vous devez persuader. Et pour persuader, il faut justement ce qui vous manque : la raison et le droit dans la lutte... »
Pour ce qui est de son expérience concentrationnaire, il en dit peu, mais la nomme L’Initiation. Cependant, il commence de réfléchir sur la notion de la langue, seul espace où il se sent véritablement libre. En effet, l’espace, que ce soit en camp ou en Roumanie, est le lieu de l’aliénation.
« Devais-je demeurer là où m’était apparue, à neuf ans, la magie des mots, dans la langue où je renaissais chaque jour ? Je savais maintenant que la résurrection pouvait s’interrompre subitement, du jour au lendemain, sinon d’un instant à l’autre. » (p166).
Il remet constamment en cause ses impressions et formule : « L’orgueil sans limites d’appeler liberté ma captivité, de m’imaginer citoyen d’une langue et non d’un pays ! » (p209).
Puis, sur les débuts du communisme en Roumanie, il indique : « C’est en 1986 seulement que devint évident ce qui aurait dû l’être quarante ans plus tôt, à l’époque où je m’abritais encore sous la couverture verte des contes : la terreur communiste ne s’était pas substituée mais ajoutée à celle qui l’avait précédée. »
Il évoque ensuite les quelques temps où il a fait partie du système :
« Etait-ce un privilège que de vivre, en quelques années seulement, et à un âge encore jeune, une expérience que d’autres ont prolongée jusqu’à la vieillesse ? Réunions, exclusions, délations. Les rituels, la dilatation intense de l’ego dominateur, puis sa contraction dans le corps massifié de la collectivité. Les nominations, la technique du secret, la vanité des honneurs : d’autres ont connu tout cela plus largement et plus profondément, à des degrés infiniment plus glorieux ou plus tragiques. Le moment que j’ai vécu dans cette salle que je dominais depuis la tribune rouge, tous les participants de ce grand jeu utopique devenu inquisitorial l’ont aussi vécu. On est immuablement mis en demeure de choisir entre les identités qui vous composent et se disputent votre moi, non seulement le moi qu’exige l’ultimatum de l’instant, mais encore celui que l’on est vraiment. L’être humain continue, bien au-delà de l’enfance, de la puberté, de l’adolescence, à éprouver sa multiplicité potentielle. Je n’étais pas chargé de famille, je n’avais pas de profession, je ne courais pas les mêmes risques, réels, que le renégat politique. Mes dilemmes, pour autant, n’avaient rien de frivole, rien n’est frivole à l’adolescence – nous ne savons d’ailleurs même pas quand elle s’achève. » (pp. 182-3).
Il assume aussi une certaine désinvolture vis-à-vis des agissements du régime, au moins dans un premier temps :
« Mon souci principal était de se tenir à l’écart de la sphère publique, d’être un simple « ingénieur » rémunéré pour son simple travail, diurne ou nocturne, rien de plus. Le jour avait ma jeunesse, la ville était vivante, colorée, électrisée par la spirituelle vivacité méridionale, l’été était éternel, comme Juliette. » (p233).
Puis, dans le même ordre d’idée :
« J’étais jeune et je me prenais pour un vieux sage, autorisé à ignorer la Colonie Pénitentiaire et ses détenus, politiques ou non. Ma tête résonnait d’écrits littéraires et politiques, révolutionnaires et contre-révolutionnaires, mystiques et progressistes, ainsi qu’il seyait à quelqu’un comme moi, mais en fait rien ne m’intéressait. L’histoire collective m’ennuyait, l’histoire individuelle jouait à contretemps, ici, à cette terrasse où je buvais du vin, mangeais de l’esturgeon et fumais des Papastratos, plus soucieux des silhouettes de la journée que de la maladie du camarade Gheorgiu-Dej et des changements qui pourraient en résulter pour le pays, et plus absorbé par Juliette et les Juliettes alentour que par la désastreuse guerre du Vietnam. Je tentais de fuir, dans le picaresque d’une profession qui m’était étrangère, l’Histoire et ma propre histoire. J’étais avide de connaître ces inconnus que je croisais, les monts et les mers qui me réservaient un accueil triomphal, les livres qui attendaient mes questions. Je ne voulais plus être impliqué dans le malheur du monde ! Pas même dans celui de mon entourage immédiat. J’étais vieux et fatigué, et j’étais insolemment jeune, grisé par mes appétits et mes incertitudes. » (pp. 234-5).
Il décrit le jeu de dupes qui s’instaure de plus en plus profondément entre ses compatriotes, et entre ses coreligionnaires lors de certains moments de « communion populaire » :
« Il est difficile d’oublier les fêtes religieuses juives des derniers temps de l’Etat communiste athée, les tables couvertes de mets traditionnels, le vin d’Israël. Les paroissiens d’honneur à côté des officiels du Parti et parmi les invités capitalistes venus de l’étranger. La nuit se distinguait des autres nuits en ce qu’elle consacrait l’art du Bonimenteur, qui aurait aussi bien pu être ministre des Travaux publics, ou de l’Information, ou de l’Industrie.
Le système tolérait, voire encourageait ce genre de spectacles, non seulement pour étourdir l’étranger, peu habitué à cette extravagante « liberté » communiste, mais aussi pour enregistrer les noms, les visages, les paroles des participants. Le luxe de la contradiction, sous la surveillance des mouchards déguisés en paroissiens ou en leurs adversaires athées. Et on pouvait observer bien des choses : la coopération ambiguë, et mutuellement avantageuse, entre les maîtres fourbes et leurs esclaves encore plus fourbes, qui servaient simultanément deux maîtres, ou davantage… tout en jouant leur rôle de concitoyens obéissants, arborant leurs propres visages en guise de masques. » (p314).
Lorsque son père se fait arrêter, il essaie d’expliquer la « pertinence » de sa privation de liberté pour le système totalitaire en ces termes :
« Moins connue [que les procès standard], mais non moins douloureuse était la zone « grise » des accusations, apolitiques en apparence, mais nécessairement politiques en réalité. La fatalité de la terreur pouvait s’abattre sur n’importe qui, n’importe quand, n’importe où, et pour n’importe quelle raison. » (p205).
Puis, il mentionne les effets de cet emprisonnement sur son père :
« Au camp de travail de Periprava, le fardeau des jours et des nuits était encore aggravé par l’humiliation : elle était en train de détruire le détenu en face de moi. Le comptable devenu directeur socialiste, puis détenu socialiste, n’avait ni le détachement des philosophes, ni le pragmatisme des commerçants, professions censées se partager la faveur du peuple élu. (…)) L’humiliation lui était, je le savais bien, plus pénible que le travail, plus rude que la joie de nos retrouvailles. Il n’avait jamais su s’affranchir des conventions de la dignité. La dignité, ce onzième commandement, confirmait à ses yeux tous les autres, plaçant sous sa tutelle son existence entière ! Il n’était pas capable d’ignorer l’offense, ni de la considérer avec humour. » (p204).
Puis, plus loin :
« Le hurlement de la sentinelle le fit se lever en un éclair, et rejoindre aussitôt la file des uniformes soudain jaillis autour de lui. Je réussis à la voir encore une fois, son colis sous le bras, au milieu de ses camarades de plomb, eux aussi avec leur colis sous le bras. Malheureux pantins manipulés par la peur de commettre quelque erreur ! La rapidité avec laquelle ils s’étaient tous mis en rangs, tels des robots prêts à se désintégrer sur commande, devant els deux brutes armées, noya mes espoirs de le revoir jamais.
Je le revis pourtant. Contrairement à tant de terribles mises en scène socialistes, qui ne furent jamais annulées ou le furent trop tard, le modeste procès de mon père fut rejugé, et la sentence ramenée de cinq ans aux dix mois déjà purgés au camp de Periprava au moment du procès en appel. Une réduction de peine, et non la révocation de l’abjecte sentence : l’Etat socialiste continuait ainsi d’user de l’ « erreur judiciaire » pour ne pas indemniser le prisonnier qui demeurait, d’ailleurs, sa propriété. » (p210).
A sa sortie de prison, son père n’en a pas terminé avec la surveillance du parti :
« Et si je l’avais questionné sur l’agent de la Securitate qui le harcela toutes les semaines, l’année suivant sa sortie de Periprava, alors qu’il avait eu toutes les peines du monde à retrouver un obscur emploi, afin qu’il accepte de travailler pour eux, et sur la résistance muette, calme et ferme qu’il opposa jusqu’à ce que les limiers finissent par se lasser, il aurait répondu de la même façon : « A quoi bon parler de tout cela ? A quoi bon ? ». (p218).
Quant aux passages sur sa mère, ils sont également très sensibles :
« Le moindre imprévu dans la vie de son mari, de son fils, de n’importe quel membre de la famille proche ou éloignée annonçait l’imminente Catastrophe dont elle guettait, fébrile, les signes avant-coureurs. Comme si la plus dévouée des mères et des épouses était inadaptée à la fonction de mère et d’épouse, comme si son extrême implication dans le quotidien avait pour seul but d’éviter de regarder en face sa carence profonde, essentielle, qui ne trouvait d’apaisement que dans la mystique. » (p 250).
On pourra lire aussi :
« Je me blindais dans mon dégoût, tout en sachant ne pas pouvoir échapper à son univers écartelé et possessif. A force d’être tournée vers tout le monde, sa bonté devenait un égoïsme tranchant, intraitable. Elle semblait punir ses proches, en torturant et en les torturant, pour n’avoir pas su récompenser son martyre spectaculaire, son dévouement absolu.
Cette tyrannie affective m’était intolérable, elle était pour moi la maladie du ghetto. La griffe gantée de velours et de soie réapparaissait lorsqu’on y était le moins préparé. Même libéré du ghetto, je n’ai pu me libérer d’elle.
Lorsque enfin elle se rassérénait, elle retrouvait sa tolérance, son humour, sa douceur. Mais cette accalmie, ce fléchissement, semblaient paradoxalement, fonder ses angoisses, ses grandes scènes de désespoir de la veille. Sa sérénité conférait rétrospectivement un étrange et obscur fondement à son déséquilibre antérieur. Il n’y avait pas en elle, comme on aurait pu le croire, deux êtres différents, mais les deux moitiés d’un tout inconfortable et contradictoire. Comme si elle n’avait pu exister qu’en incarnant deux façons d’être opposées, des contraires aussi incapables de se dissocier que de dicter leur loi à sa vie d’angoisse et de tourment. Et c’est dans sa vulnérabilité même qu’elle puisait son énergie mystérieuse et ancestrale. .. » (pp.253-4).
Son style est peuplé des références les plus littéraires. Ainsi rappelle-t-il ce que disait l’auteur de Salambô en le mâtinant de culture juive : « Tu te rappelles de ce que disait Flaubert ? A prêcher longtemps le bien, on finit par mourir idiot. L’idiot de la famille Flaubert savait ce qu’il disait… Des sermons pour changer le monde ? Non, je ne suis pas idiot à ce point. Je prêche non pas pour changer les autres, mais pour me changer moi-même disait un rabbin. » (pp. 34-35).
Il fait souvent référence à Cioran, à Kafka, à Joyce et il pousse même « l’idolâtrie » jusqu’à effectuer sa demande de visa pour l’Occident le jour où le héros de Ulysse, Léopold Bloom part : « J’avais repoussé ma décision jusqu’à l’extrême limite, jusqu’au Bloomsday : le jour de mes cinquante ans, où j’étais à mon tour devenu Léopold Bloom. Le départ signifiait-il le retour à cette « maladie du ghetto » dont j’avais toujours voulu me protéger. Aucun retour n’est possible, pas même le retour au ghetto. (…) Bien après minuit, une fois les invités [de ma cérémonie d’adieux] partis, je jetai un regard trouble sur mes ongles. Des ongles d’enfants, des doigts d’enfant, des mains d’enfant. Ils me paraissaient incapables de résister à une nouvelle naissance. » (pp. 166-7).
Il cultive son style de cynique névrosé avec des phrases telles que : « Dans les contes, on appelle amour cette comédie des erreurs dont nous semblons tous avoir besoin. » (p80). Plus loin également, on relèvera : « La souffrance ne nous rend ni meilleurs, ni héroïques. La souffrance, comme tout ce qui est humain, corrompt, et la souffrance exhibée en public corrompt irrémédiablement. Mais on ne peut renoncer à l’honneur d’être insulté, non plus qu’à l’honneur de l’exil. » (p 289). Faut-il y voir une intériorisation du chapitre 53 d’Isaïe et du passage sur le serviteur souffrant ? Je pense qu’il ne faut pas aller chercher aussi loin chez un Juif aussi peu pratiquant que Norman Manea.
Il a longtemps retardé son exil en Roumanie parce qu’il sait ne pas y être apprécié par de nombreuses personnes. Il sait l’antisémitisme de ses compatriotes, même si, parfois, il ne se rend pas compte de la dégradation du climat envers la communauté juive. Ainsi ne comprend-il pas, lorsque, enfin revenu au pays en 1997, pourquoi telle communauté ne met plus de plaque devant son local depuis quelques temps. Le rabbin lui apprend que celle-ci était constamment brisée par des antisémites locaux.
Il est également peu apprécié du fait d’un article qu’il a écrit sur la proximité de Mircea Eliade avec les légions de fer roumaines. Or, dans la Roumanie post-communiste, de nombreux auteurs locaux sont adulés sans recul sur leur vie :
« Je m’empresse, en revanche, de répondre que je n’ai jamais porté de jugement public sur l’œuvre littéraire ou scientifique d’Eliade ! Ni la littérature, ni la science ne se jugent selon des critères moraux, et il n’était question ni de littérature, ni de science dans mon blasphème anti-Eliade ! La fumeuse ignore ma réponse et sa lance dans une longue plaidoirie pour la « redécouverte de l’œuvre, d’importance universelle, de Mircea Eliade ». (p412).
On ne saurait que vivement recommander cet ouvrage. Certes, les pages qui portent sur le retour en Roumanie, soit le dernier tiers du livre, sont moins intéressantes. Néanmoins, même celles-ci donnent à découvrir les déconvenues de l’après communisme et une société en perte de repères. Un des livres les plus considérables que j’ai eu la chance de parcourir ces derniers mois.
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