En écho au film Fahrenheit 451 de François Truffaut, d’après un roman éponyme de Ray Bradbury, le long métrage de Michael Moore s’appelle Fahrenheit 911. Il revient sur les relations qui unissent la famille Bush au milieu pétrolier saoudien. On peut également y apprendre les déboires entrepreneriaux de Georges W. Bush et les aides financières reçues par la famille Ben Laden. C'est un des aspects contestables du film. En effet, il reproche cette connivence entre les Ben Laden et Bush. Cependant, il aurait fallu dire que cette famille saoudienne compte de très nombreux enfants et que les liens entre eux sont assez souvent ténus si ce n'est inexistants (voir l'ouvrage de Florent Blanc Oussama Ben Laden et l'Amérique).
Il est dommage que ce documentaire prenne les mêmes armes manichéennes que Bush dans sa présentation. Ainsi voit-on les enfants irakiens jouer de façon heureuse avant l'intervention américaine et d'un coup tout s'assombrit dès que les avions américains arrivent.
De même, on ne comprend pas que, lorsqu'il mentionne la coalition qui soutient les Etats-Unis, il indique le Costa Rica et d'autres petits pays alors qu'il ne cite qu'à un seul moment Tony Blair.
En revanche, il y a des moments où l'on apprend beaucoup comme lorsque l'on voit les relations entre le groupe Carlyle (11ème fournisseur de l'armée américaine) et la famille Bush ou encore entre Halliburton et Dick Cheney. Ce dernier, actuel vice-président des Etats-Unis, a dirigé pendant cinq ans cette très grande entreprise qui a obtenu des contrats de choix en Irak après la Chute du régime de Saddam. Cette pratique ne serait pas tant contestable si elle ne recelait pas des surfacturations massives et nombreuses.
On verra avec pertinence le climat de terreur créé sur les chaînes de télévision après les attentats du 11 septembre. Il suffisait de voir les programmes télévisuels américains pour lire immanquablement « War on Terror ». D'autre part, Michael Moore montre que la sécurité n'a pas toujours réellemnt augmenté que ce soit en Amérique ou en Afghanistan. A cet égard, on verra Georges Bush déclarer qu'il n'est pas spécialement inquiet au sujet de la localisation d'Oussama Ben Laden. Pour poursuivre sur le terrain des réactions du président américain, il faut immanquablement citer celle du matin du 11 septembre alors qu'il se trouve dans une école de Floride. En effet, il met beaucoup de temps à réagir et reste plus de huit minutes à parcourir son livre pour enfants.
Michael Moore montre également les méthodes de recrutement de l'armée américaine dans sa cité de Flint, ville ravagée par les délocalisations. Les scènes se passent dans les quarties déshérités.
Il met également en avant ce que le Pentagone cherche à éviter de montrer: les victimes de la guerre mais également leurs réactions devant un conflit qu'ils ne comprennent pas ou dont ils n'appréhendent pas la réaction des Irakiens (« On vient les libérer et ils nous tirent dessus: je hais ce pays » dit l'un deux).
Quel accueil pour ce film qui a fait un battage médiatique au moins aussi important que La Passion de Mel Gibson ? On rappellera que le festival de Cannes 2004, dirigé par Quentin Tarantino, a attribué la Palme d'or à Michael Moore qui a reçu, à cette occasion, une ovation de 19 minutes ce qui constitue le record de ce genre d'exercices au Palais des festivals. Cependant, malgré ce prix, la diffusion du film n'avait rien d'assuré. C'est en sens qu'on lira avec plaisir (dans le sens qu'il montre la reprise en main d'une ligne éditoriale de certains grands journaux américains) l'éditorial du 6 mai 2004 du New York Times intitulé Disney's Craven Behavior. On y apprend que la Walt Disney Company a interdit dans un premier temps à sa filiale Miramax de distribuer le film. Michael Moore a expliqué cette décision par le fait que Michael Eisner, le PDG de l'entreprise de divertissement, craignait que la réduction d'impôts promise par Jeb Bush, le gouverneur de Floride (et frère de Georges), ne soit défavorable aux installations de Disney dans cet Etat. D'un autre côté, un haut responsable de Disney a indiqué que la vraie raison est que cette compagnie s'adresse à tout l'éventail politique et ne tient pas à ce que la diffusion de ce film ne le rebute.
Sur son site michaelmoore.com, le réalisateur parade avec un article écrit le 4 juillet 2004 (et la date ne doit pas être un hasard) dans lequel il donne quelques chiffres pour bien montrer le succès phénoménal obtenu par son documentaire.
On ajoutera de façon incidente que, lorsque vous vous rendez sur l'article du Washington Post qui critique le film, vous pourrez lire une publicité en faveur de John Kerry qui vous appelle à lui faire une donation de 50$ pour qu'il remporte l'élection présidentielle de novembre 2004.
Ayant travaillé sur les milieux pétroliers au cours de mon année de DESS et parcouru quelques livres sur l'Afghanistan, je dois dire que je n'ai pas appris grand chose du dernier opus de Michael Moore. Cependant, me remémorant une conversation avec un ami américain qui me disait à quel point la confiance de ses compatriotes dans les médias était grande depuis le Watergate, ce film a au moins le mérite de fournir un contre-pouvoir.
On rappellera que le film qui a fait connaître cet auteur est Roger et moi (réalisé en 1989) dans lequel il va demander au directeur de General Motors, Roger Smith, ce qu'il pense de ses dernières suppressions d'emploi. Il aborde ce sujet avec d'autant plus de passion qu'il est originaire de Flint dans le Michigan où se trouve une des plus importantes usines de cette compagnie. Ce succès commercial lui permet de produire son unique film de fiction: Canadian Bacon en 1995 avec John Candy.
Un deuxième film l'a fait connaître en France, il s'agit de The Big One qui brocarde les firmes multinationales qui réalisent des bénéfices records alors que les conditions de travail des employés sont de plus en plus précaires.
Quatre ans plus tard, en 2002, il réalise Bowling for Columbine qui revient sur la tuerie qui s'est passée à Columbine où près d'une quinzaine d'adolescents vont être assassinés par deux camarades de classe lourdement armés. Par ce biais, il s'attaque au lobby des armes à feu et notamment à la National Rifle Association dirigée par Charlton Heston.
Le prochain film de Michael Moore Sicko devrait s'attaquer au système de santé américain. Auparavant, il devrait faire une apparition dans le film The Corporation de Jennifer Abbott et Mark Achbar en compagnie de Noam Chomsky.
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