Pour trois raisons, je suis ennuyé de critiquer cet ouvrage. Tout d’abord, il m’a été offert. Deuxièmement, je suis bien loin de pouvoir écrire ce que Claire Tristan, l'auteur, nous raconte. Enfin, l’idée de départ était excellente et de nombreux passages sont intéressants.
En ce qui concerne l’histoire, il s’agit avant tout d’une rencontre, celle d’une institutrice « métro » et d’une cafrine, nom que l’on donne à la Réunion pour les femmes noires, qui lui sert de nounou. Le contact passe bien entre les deux personnes malgré leurs grandes différences. Alors, quand la « z’oreille » (appellation réunionnaise pour les métropolitains) arrive pour lui confier son petit, la nounou lui offre le café et elles se mettent à discuter. La cafrine se met alors à lui raconter sa vie. Et elle n’est pas rose.
Voilà donc, (enfin !) quelques remarques. Tout d’abord, il aurait été préférable, à mon sens, de placer les poèmes dans un autre ouvrage. Ils ne « correspondent » pas aux personnalités placées dans l’ouvrage et le lecteur a dû mal à « accrocher ». Puis, le style employé par l’auteur ne cadre pas avec la personnalité de la nounou. Et cette gêne est durable. Pour tout dire, c’est vraiment ce qui m’a gêné.
Pourtant, tout commence bien. A relire les premières pages de l’ouvrage, je suis à nouveau séduit. Les passages concernant les difficultés de l’interculturalité entre z’oreille et Réunionnais sont pertinentes :
« Bien sûr, il y avait cet écart entre eux et nous, cette fissure que nous tentions vainement de combler. Ils étaient z’oreilles ; nous étions créoles. Mais c’était aussi le timbre de leur voix lorsqu’ils s’adressaient à l’enfant et cette façon de le prendre dans leurs bras, leur fils. Ces gestes précautionneux dont ils usaient, cette fragilité qu’ils lui supposaient. » (p14).
Et puis, il y a Madagascar, évidemment, qui constitue pratiquement un personnage du roman tant ce pays constitue une part importante de cette histoire. Et puis, il y a cette attention au thème de l’exil. Et puis, il y a cette description des difficultés économiques de la population réunionnaise. Et puis… Ce livre foisonne de détails intéressant pour le métro souhaitant préparer un voyage à la Réunion, ou dans l’Océan indien, de façon livresque.
Je fournis ici une des notes les plus courtes de celles proposées. Je ne suis pas à l’aise avec mon jugement. J’ai l’impression d’avoir donné, ailleurs, plus envie de lire le freedoroman qu’est Bob, que Mada, qui, pourtant, est beaucoup plus littéraire. Lectrice, lecteur, viens conforter ou infirmer mon jugement. En tout cas, Mme Tristan, si un jour vous lisez ce compte-rendu, ce dont je doute, je vous assure que je serai volontiers votre premier lecteur si vous publiez à nouveau. Vous avez un style et une sensibilité que j’apprécie (même si je l’ai bien mal montré) et que j’aimerais à nouveau découvrir.
TRISTAN Claire, Mada, Editions de l’aube, Paris, 2006
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